C’était peut-être l’une des figures les plus libres et les plus inventives de la scène électronique britannique et – par voie de conséquence, dira-t-on – globale: Andrew Weatherall est décédé ce lundi, à l’âge de 56 ans, dans un hôpital londonien.

Avec sa tronche de Peaky Blinder, qu’il a commencé à arborer bien des années avant le début des aventures filmées des frères Shelby, on aurait fui ce presque Londonien de peur qu’il nous envoie les diables aux trousses. On aurait certainement eu tout faux, tant l’homme était réputé pour son sens de l’humour. Un goût de la rigolade qui était d’ailleurs une des racines de son sens esthétique. Promenez-vous dans les débuts de sa discographie, et par exemple dans celle des Sabres of Paradise, le trio qu’il mit sur pied, à l’aube des années 90, avec Gary Burns et Jagz Kooner: c’est une suite de délires enivrés, nourris de rayons laser, de dub blanc et de toute une série de coins cachés de la culture pop.

Enivrez-vous, semblait-il effectivement nous dire. Et de plein de choses. De lenteur solaire et/ou d’énergie musculeuse. Un autre de ses projets phares, Two Lone Swordsmen (en duo avec Keith Tenniswood), montre parfaitement cette double postulation: prenez l’album The Fifth Mission (Return to The Flightpath Estate) (1996), vous aurez quelque chose qui ressemble à une forme d’ambient légèrement propulsive et parfaitement narcotique. Prenez son successeur de 2004, From The Double Gone Chapel, vous aurez un disque galbé comme un fauve, un rock électronique à la fois machinal et souple. Une science du mélange (les mauvais esprits diront: du coq à l’âne) qui faisait par ailleurs également le fil conducteur à la fois de son travail de DJ (furieusement festif) et de ses productions en soliste. Björk, My Bloody Valentine, New Order et toute une quantité d’autres têtes bien faites, qui eurent recours à ses services comme producteur, remixeur ou allié de quelque type que ce soit, ne s’y seront pas trompés.

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