Andy Shauf a la voix claire des lendemains qui ne se résolvent pas à déchanter; il cultive aussi certaines prononciations fermées, qui pendant un quart de seconde le font vocaliser comme on fait la moue. Cela ne dure jamais, et ça ne fait qu'ajouter une patine de vérité à la folk de ce jeune Canadien. Et telle n'est peut-être pas la moindre des qualités de ses compositions - par ailleurs mélodiquement très abouties et intelligemment arrangées: en effet, à parcourir une partie des titres qui construiront son prochain album («The Party», qui sera publié chez Anti-), on découvre chez Shauf quelque chose qui tiendrait du culte de la proximité.

Ce sont quelques détails: le frottement très organique des cordes de la guitare, un soudain afflux de fréquences graves, un grain de voix qui change subitement, dans un accident éphémère et parfaitement contrôlé pour autant. Une manière de jouer avec l'oreille qui est lourde de promesses.

Andy Shauf s'essayera au Kalvingrad de Genève avec une première partie toute de classe: Dear Deër. On peut réécouter «War is Over», leur album sorti en 2014 chez La Belle Chic: le trio genevois emmené par Cristobal Fuentes y développait une esthétique à la fois puissante et racée, en pop parfaitement allégée de tous ses oripeaux.


Kalvingrad. Place des volontaires 4, Genève. Me 18 mai 2016 à 20h30. Rens. www.kalvingrad.com