Andy Warhol, l'artiste contemporain le plus populaire, a disparu depuis quinze ans. La Fondation Andy Warhol pour les arts visuels de New York qui veille sur son héritage garde jalousement la «marque» du maître du pop art dont les sérigraphies sont reproduites à des milliers d'exemplaires. Mais il n'existe que deux musées au monde qui peuvent s'enorgueillir de porter le nom de l'auteur des fameuses représentations de la boîte de conserve Campbell's. A Pittsburgh, le Musée Andy Warhol, qui dispose de la plus importante collection d'originaux et d'archives, est installé dans sa ville natale. Le second se trouve à Medzilaborce, petite ville de 6000 habitants au nord-est de la Slovaquie, près de Mikova, le village d'origine de ses parents, émigrés aux Etats-Unis en 1913. Ce musée d'art moderne Andy Warhol, fondé en 1991, dispose d'œuvres de l'artiste, de son frère Paul et de son neveu James. Elles ont été données ou prêtées par la famille et la Fondation. Mais l'établissement doit son existence à la rencontre de deux hommes: John Warhola, frère de l'artiste, et Michal Bycko, un historien d'art slovaque.

Etudiant au plus profond des années de la normalisation qui ont suivi le Printemps de Prague, Michal Bycko découvre les œuvres de Warhol, alors quasiment inconnu au pays de ses aïeux. Le pop art, comme tous les courants novateurs de la culture occidentale, n'est pas en odeur de sainteté dans la Tchécoslovaquie communiste. Michal Bycko se passionne alors pour l'artiste américain. Lorsque, après la mort de Warhol, son frère John se rend en Slovaquie de l'Est, les deux hommes se rencontrent. Michal Bycko demande à John Warhola que la Fondation Andy Warhol dont il est le vice-président fasse don de quelques œuvres de l'artiste à un musée de Slovaquie. Il faudra quatre années avant de réaliser ce rêve.

«Dans la Tchécoslovaquie communiste, aucun musée n'a daigné répondre favorablement à l'offre de la fondation prête à donner à une institution renommée des œuvres», se souvient Michal Bycko qui décide donc de fonder une galerie pour accueillir les œuvres à Medzilaborce, où il enseigne à l'école d'art. En 1989, l'ancien relais de poste est pressenti pour abriter le musée, mais il faut d'abord le restaurer. Les travaux s'éternisent. Ils ne seront jamais achevés. Quelques semaines avant la «révolution de velours» en novembre 1989, des artistes tchèques lancent une pétition que le dissident Vaclav Havel signe, pour soutenir la création d'un musée Warhol à Medzilaborce et obtenir le déblocage de fonds. Les nouvelles autorités démocratiques de la ville qui hérite en 1990 d'une maison de la culture – un «bunker» en béton hideux –, le mettent à disposition. Le 5 octobre 1991, le musée est officiellement inauguré. La Fondation de New York a prêté treize œuvres originales, les deux frères de l'artiste ont rassemblé des objets et des souvenirs.

Onze ans plus tard, le musée dispose de quelque 140 œuvres et objets personnels. 160 000 personnes l'ont visité au cours de cette période. Le musée, qui organise aussi des expositions d'artistes d'Europe centrale, doit néanmoins se battre pour assurer sa survie. Financé par le Ministère de la culture – 58 000 euros par an! –, il a dû payer plusieurs milliers d'euros de loyer par an, réduisant les possibilités de développement. Son projet pluridisciplinaire de centre du pop art attend des jours meilleurs.

Loin de tout centre intellectuel important, Michal Bycko continue de croire que le musée peut jouer un rôle culturel dans cette région où les peuples et cultures s'entrecroisent. Pour preuve, les visiteurs sont surtout des étrangers. Et pour populariser son institution, Michal Bycko répond régulièrement à l'invitation de musées de petites villes d'Europe où il expose ses collections, que la moitié des habitants de Medzilaborce n'a pas encore vues.