A la fin, vous lui proposez de la photographier. Elle préfère saisir votre téléphone, se cadrer du dessus, en plongée, ébaucher un demi-sourire sibyllin de ses lèvres peintes, presser sur le bouton et vous rendre l’appareil en murmurant: «Vous comprenez, je dois faire attention, mes photos se retrouvent partout.» Angèle a 23 ans. Elle n’est pas seulement le produit raffiné d’une génération pour laquelle les réseaux sociaux constituent l’ultime CV participatif. Elle est aussi une artiste dont le discours et la forme sont contrôlés jusqu’à la maniaquerie. On la voit blonde et légère, sautiller dans les coulisses forestières du Paléo, et on oublie un instant qu’elle est une machine de guerre pop.

Sur la Grande Scène, vendredi, elle s’avance d’ailleurs munie d’une énorme kalachnikov gonflable et dorée. On dirait un mélange de baudruche à la Jeff Koons et de relecture sarcastique de Dan Bilzerian, le milliardaire américain qui pose sur Instagram entre ses bimbos et ses flingues. «Tout le monde, il veut seulement la thune», chante-t-elle d’une voix de porcelaine. On dirait une comptine d’enfant, c’est un manifeste warholien.