Cette fois, il n’y a plus d’issue possible. Les traditionalistes de l’Eglise d’Angleterre, l’Eglise mère de la Communion anglicane, sont acculés. Soit ils admettent que les femmes puissent devenir évêques, soit ils quittent l’Eglise d’Angleterre. Le synode général de cette dernière, réuni à Londres de lundi à vendredi, a en effet refusé de créer une structure spéciale pour les anglicans qui n’accepteraient pas de reconnaître l’autorité épiscopale d’une femme. Il a même aboli le système des «évêques volants», mis en place après la décision historique de 1992 d’ouvrir le sacerdoce aux femmes. Ces évêques avaient pour mission de répondre aux besoins des paroisses qui rejetaient les femmes prêtres.

Le synode a toutefois fait une concession minime aux conservateurs. Les femmes qui seront consacrées évêques devront déléguer leur autorité à un collègue masculin, cela dans le but de satisfaire les paroisses refusant les ministres de sexe féminin. Même s’ils regrettent l’étroitesse d’esprit des conservateurs, les libéraux sont néanmoins soulagés de constater que cette solution n’aboutit pas à la création d’une hiérarchie parallèle dans l’Eglise d’Angleterre, ou d’une «Eglise dans l’Eglise».

La décision du synode général sera ratifiée au mois de juillet, lorsque la loi réglementant l’exercice du ministère épiscopal féminin sera prête. Le synode avait déjà pris la décision d’ouvrir l’épiscopat aux femmes en 2008. Mais le comité chargé d’élaborer la loi d’application n’a pas encore réussi à présenter un projet à ce jour. Un retard qui provient de la tentative du comité de ménager la chèvre et le chou, à savoir d’ouvrir l’épiscopat aux femmes tout en contentant les conservateurs. C’était mission impossible.

L’Eglise d’Angleterre rejoint donc le cercle des membres de la Communion anglicane qui ont accepté l’épiscopat féminin, parmi lesquels figurent les Eglises d’Irlande, du Canada, des Etats-Unis, de Nouvelle-Zélande, d’Ecosse, et d’autres encore.

Les premières évêques seront vraisemblablement ordonnées dès 2012. D’ici là, il est certain que de nombreux traditionalistes auront quitté l’Eglise d’Angleterre. Du moins, c’est une menace qu’ils n’ont cessé d’agiter pour empêcher l’ouverture de l’épiscopat aux femmes. Les conservateurs de tendance évangélique, réunis au sein du groupe Reform, ont déjà proclamé que la décision du synode allait provoquer une chute sévère des vocations masculines. Dans une lettre signée par 50 clercs, Reform rappelle qu’il a donné plus de 180 prêtres à l’Eglise durant les dix dernières années, et contribué à ses finances à hauteur de 20 millions de livres sterling (34 millions de francs suisses). Il laisse entendre entre les lignes qu’il pourrait retirer sa contribution financière et allouer cet argent à la formation de son propre clergé.

Les conservateurs de tendance catholique, qui forment le groupe High Church, sont tout aussi furieux. A l’instar des anglicans évangéliques, ils estiment que les femmes ne peuvent être ordonnées évêques, car Jésus n’a choisi que des hommes comme apôtres. Ils s’apprêtent donc à combattre la législation réglementant l’exercice de l’épiscopat féminin lorsqu’elle sera présentée lors du synode de juillet. Le porte-parole du groupe High Church prédit que des centaines de prêtres quitteront l’Eglise d’Angleterre si celle-ci ne revient pas sur sa décision.

Cet exode, s’il a lieu, sera facilité par l’offre que le Vatican a faite récemment aux anglicans traditionalistes de rejoindre l’Eglise catholique. Rome a créé à cet effet une structure d’accueil spéciale.

Cependant, l’Eglise méthodiste a apporté un secours inattendu à l’Eglise d’Angleterre. Elle s’est dite prête à renoncer à son existence et à être absorbée par l’Eglise d’Angleterre si c’est là le prix de l’unité, selon des informations du quotidien The Times. Les méthodistes forment une communauté d’environ 265 000 membres. De quoi largement compenser le départ des anglicans conservateurs.

L’archevêque de Canterbury, Rowan Williams, qui est aussi le primat de la Communion anglicane, a cherché à prévenir un schisme qu’il pressent depuis longtemps. Mardi, lors d’un long discours, il a appelé les conservateurs et les libéraux à la tolérance et à la compréhension mutuelles non seulement sur la question de l’ordination des femmes évêques, mais aussi sur celle des droits des homosexuels. Il y a peu de chances qu’il soit entendu, tant les divisions sur ces deux thèmes sont profondes.