De la foi dans l'art théâtral, il en fallait pour ressusciter Maurice Maeterlinck à la Grange de Dorigny à Lausanne. Non pas que le poète belge soit une figure mineure de la littérature mondiale. On lui doit quand même Pelléas et Mélisande, féerie tragique pleine de feu et de larmes, que la musique de Claude Debussy a immortalisée à l'opéra. Mais la langue de l'écrivain symboliste a la réputation d'être délicieusement surannée. Le Français Benjamin Knobil n'a que faire de ce genre de préjugé. Il a décidé de guider une demi-douzaine de comédiens dans la forêt très obscure des Aveugles. Et il signe ainsi un spectacle plastiquement cohérent qui souffre malheureusement de quelques faiblesses de jeu.

Un conte à l'encre de Chine. Telle est la pièce de Maeterlinck. Tel est du moins le regard que Benjamin Knobil porte sur elle. A Dorigny, le public découvre donc un tableau qui a la pureté de certaines estampes orientales, dans le beau décor signé Jean-Luc Taillefert: sept pèlerins aveugles, figés et comme enracinés, apparaissent postés au milieu de quelques rares arbres stylisés. Dans l'ombre bleutée ou violacée du cyclorama, tandis que le vent retient son souffle pour mieux semer la tempête plus tard, ces égarés évoquent leur guide, un prêtre disparu qui doit les conduire à leur hospice.

Cette inquiétude métaphysique, Benjamin Knobil l'a exprimée en plasticien et en musicien. Il a soigné ses atmosphères à grand renfort de ciels colorés, de gongs dans la nuit et de bruissements fantomatiques. Cette pureté de ligne, qui convient bien à l'univers des Aveugles, ne se retrouve hélas pas dans le jeu des acteurs. Si Geneviève Pasquier décline l'angoisse sans pathos, d'autres cherchent leur salut dans un jeu psychologisant, quitte à gâcher le mystère du conte.

«Les Aveugles», Grange de Dorigny, Lausanne, jusqu'au 25 mars. Tél. 021/318 71 71.