Le Festival d'Angoulême est un événement qui compte dans le monde de la bande dessinée. Sans aucun doute le plus grand rendez-vous du neuvième art, pour les créateurs, pour les éditeurs et pour les lecteurs (qui, l'an dernier, ont été plus de 200 000 à se bousculer dans la capitale des bulles). Il reste que Jean-Marc Thévenet, directeur depuis 1998, a dû faire face coup sur coup à un budget stagnant, aux doutes des éditeurs indépendants qui souhaitaient être mieux reconnus, à la colère de Dargaud après la récompense accordée l'an dernier à Uderzo et encore, fin 1999, à la fâcherie avec les Humanoïdes associés, mécontents de la nouvelle structure du jury. Mais Jean-Marc Thévenet est un homme de consensus, soucieux que son festival reste un événement rassembleur. Sa vingt-septième édition est un bijou de diplomatie.

Ainsi, à côté de l'exposition consacrée à Crumb le dérangeant, une autre rend hommage à Uderzo. Elle est baptisée «Uderzo-Goscinny; la recette de la potion magique» et, bien sûr, on y retrouve les irréductibles Gaulois mais aussi Prince Rollin, Arys Buck, Tanguy et Laverdure, bref, tous les personnages qui doivent la vie à Uderzo.

Une autre rétrospective est encore à l'affiche, et non des moindres, celle d'un homme à la double identité: Giraud-Moebius. Thierry Smolderen, son commissaire, emmènera les visiteurs dans les horizons lointains tant prisés par le scénariste et dessinateur, ceux du Far West côté Giraud, ceux de la science-fiction côté Moebius. Cette exposition restera visible jusqu'au 3 septembre au Centre national de la bande dessinée.

Enki Bilal, quant à lui, est le parrain d'un événement baptisé «1 h 59», soit le temps d'un voyage en avion de Paris à Skopje. De cette ville-carrefour de l'ex-Yougoslavie sont issus les cinquante jeunes bédéastes qui, par-delà les différences et les haines, exposent ici collectivement. Ils sont Slovènes, Bosniaques, Croates, Serbes et Macédoniens et leur production est à découvrir. Planches, affiches, illustrations, albums sont exposés en compagnie de dessins d'enfants des cinq mêmes origines.

Angoulême 2000 fête deux anniversaires d'éditeurs. Pour les trente ans de Glénat, on défilera devant une centaine d'originaux de couvertures, dues à autant d'auteurs différents: Adamov, Giordano, Julliard… Du côté des indépendants, L'Association fête ses dix ans avec une grande exposition. David B., Killofer, Matt Konture, Jean-Christophe Menu, Mokeit, Stanislas et Lewis Trondheim ont lancé un véritable laboratoire de la bande dessinée dont le dernier opus compte pas moins de 2000 pages. C'est la bible internationale Comix 2000 parue en décembre.

Et puis, grande nouveauté, Angoulême a son «off», qui a tout de même ses entrées dans le catalogue. «Underboom 2000» est dû à la Fanzinothèque de Poitiers et au fanzine Allô les Pompiers. Elle consiste en une publication quotidienne, «La Purée», un parcours scénographié par une quinzaine de jeunes auteurs, «L'Explosition» et une «Nuit du palmarès off». Au programme de cette dernière figure notamment un «défilé de mode charnu», en hommage à Crumb…

El. C.

Pour avoir une idée de tout ce qui bouge à Angoulême, des «nominés» aux Prix Alph-art et autres, comme des horaires, voir le site Internet: www.bdangouleme.com