Cinéma

«Les Animaux fantastiques» recense la faune colorée qui vivait avant Harry Potter

En 1926, New York grouille de bêtes fabuleuses. Ecrit et produit par J.K. Rowling, ce festival d’effets spéciaux sans grâce se pose en spin off calibré pour relancer la «pottermania»

En 2007, quand est sorti Les Reliques de la Mort, dernier des sept volumes chantant la geste du petit sorcier à lunettes, J.K. Rowling l’avait solennellement annoncé: Harry Potter, c’est fini. Elle a tenu parole. Tandis qu’au cinéma, la saga jouait les prolongations jusqu’en 2011, l’écrivaine s’essayait à la Faërie (Contes de Beedle le barde), au roman social (Une place à prendre), au roman policier (L’Appel du Coucou, Le Ver à soie, La Carrière du mal, écrits sous le pseudonyme de Robert Galbraith).

Et puis, par appât du gain, nostalgie de la gloire ou simple attachement à son «wizarding world», J.K. Rowling revient à l’univers qui a fait d’elle l’écrivaine la plus riche du monde. Elle écrit Harry Potter et l’Enfant maudit (Gallimard), la «huitième histoire, dix-neuf ans plus tard», dont Jack Thorne tire une pièce de théâtre, mise en scène par John Tiffany. Harry Potter, 37 ans, y est père du jeune Albus qui s’apprête à entrer à Poudlard.

Au deuxième temps de cette relance bien orchestrée de la pottermania déboule un blockbuster de Noël. Les élèves de Poudlard étudient Les Animaux fantastiques, de Norbert Dragonneau, un abrégé de zoologie merveilleuse. Par un tour de passe-passe éditorial, ce manuel sort de la fiction pour se matérialiser en 2001 dans les librairies. D’un coup de baguette magique hollywoodienne, il ouvre aujourd’hui ses ailes de phénix sur grand écran.

Gare au Niffleur

En 1926, Norbert Dragonneau (Eddie Redmayne) débarque à New York où il compte acquérir un boursaf tacheté. Le double fond de sa valise renferme toute une ménagerie. Et parce qu’une créature s’en échappe, Manhattan déguste une bourrasque de sortilèges destructeurs. Le Niffleur, une sorte d’ornithorynque extraplat attiré par tout ce qui brille, se faufile dans une banque où Norbert tombe sur le dodu Kowalski (Dan Fogler). Un enchaînement de catastrophes plus tard, Norbert est embarqué par Porpentina Goldstein (Katherine Waterston).

La jeune sorcière le conduit au Congrès magique des Etats-Unis d’Amérique, le ministère forcément occulte des sciences occultes, pour avoir frauduleusement importé des organismes vivants. A cause d’un échange de valises, Kowalski le moldu libère tous les occupants du double fond – et se fait mordre par cet hybride de rat glabre et d’anémone de mer qu’est le Murlap…

Récupérer l’Eruptif en rut

L’intrigue des Animaux fantastiques se construit cahin-caha sur deux trames. La première, c’est Norbert qui se démène pour récupérer son cheptel, dont un Eruptif, behémoth à corne d’autant plus turgescente que le bestiau est en rut. La seconde, confuse et ténébreuse comme il se doit, puise sa dynamique à la théorie de la conspiration. Sorcier félon, Percival Graves (Colin Farrell) manipule Credence, un orphelin maltraité, pour s’emparer de l’Obscurus qu’il recèle, soit un nuage d’encre dans une mandorle translucide susceptible de muter en en tourbillon de poussière, de braise et de tentacules digne de Nyarlathotep, le Chaos rampant des mythologies lovecraftiennes…

Botrucs sans grâce

Ecrivaine chanceuse, femme d’affaires avisée veillant jalousement sur son œuvre, J.K. Rowling a confié la réalisation du projet à David Yates, le réalisateur qui a consacré le plus clair de son temps à Harry Potter, en tournant quatre des sept titres de la franchise (L’Ordre du phénix, Le Prince de sang-mêlé, Les Reliques de la Mort 1 & 2). A défaut d’avoir du style, le yes man s’y connaît en planning des effets spéciaux.

Les Animaux fantastiques marque la transmutation officielle de la «saga Harry Potter» en «monde magique de J.K. Rowling», une sorte de franchise globale permettant de décliner à l’infini tout ce qui a trait à la magie dans son acception la plus puérile. Le film s’inscrit dans la lignée des attractions que proposent déjà trois parcs Harry Potter, en Floride, au Japon et en Californie.

Lire aussi: «Harry Potter et l’Enfant maudit»: les raisons d’un succès

Tous les exaspérants travers de Harry Potter au cinéma sont convoqués au gré d’une imagerie niaise et kitsch. Les arts magiques, selon Rowling, sont distrayants et futiles. «Floup! je te change en crapaud!» Les translations spontanées résultent d’un infect tourbillon en images de synthèse. Les baguettes magiques servent tour à tour de sabre-laser, de lance-grenades, de fouet, voire de parapluie… Or la transmutation de la matière ne se traduit pas par abracadabra. La bonne marraine creusait la citrouille avant de la changer en carrosse… «Allumer une chandelle, c’est projeter une ombre», note Ursula Le Guin dans Terremer. L’escapade de Norbert dans son animalerie fantastique tombe à plat. Les Veaudelunes, les Grapcornes, les Botrucs sont sans grâce, car les plus beaux dragons, les plus belles licornes sont ceux dont on rêve au crépuscule, pas cet Oiseau-Tonnerre aux plumes ripolinées.

Adieu gavial

Engluée dans l’omniprésente mélasse symphonique de James Newton Howard, l’articulation entre les différents parties du récit s’avère malaisée, artificielle. Hormis Colin Farrell, magistral en mage noir, et Katherine Waterston, d’une élégante androgynie, les comédiens manquent de charisme. Eddie Redmayne, oscarisé pour s’être contorsionné dans le rôle de Stephen Hawking (Une Merveilleuse histoire du temps), est une nouvelle fois insupportable, grand scoubidou planqué sous une frange pailleuse, le regard vide, affligé d’un rictus permanent.

Originellement présenté comme une trilogie aux prochains volets programmés pour 2018 et 2020, Les Animaux fantastiques vient d’accéder à la majesté de la pentalogie. Quand le dernier chapitre paraîtra, en 2024, pour céder la place à un diptyque tiré de L’Enfant maudit (rumeur), l’orang-outan de Sumatra, le gavial du Gange et l’aigle des Philippines auront peut-être disparu du dessus de la terre. Resteront alors les sottes créatures issues du cerveau de J.K. Rowling et sublimées par l’image numérique la plus performante.


Les animaux fantastiques (Fantastic Beasts and Where to Find Them), de David Yates (Royaume-Uni, Etats-Unis, 2016), avec Eddie Redmayne, Johnny Depp, Katherine Waterston, Colin Farrell, Ron Perlman, Samantha Morton, Jon Voight, 2h13.

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