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Anita Pittoni, fileuse de mots à Trieste

Elle était multitalent et brillait dans tout: créatrice textile, poète, elle a fondé en 1949 l’une des maisons d’édition les plus inspirées d’Italie, Lo Zibaldone. «Confession téméraire» remet en lumière cette personnalité hors du commun

S’il fallait une image pour approcher la personnalité d’Anita Pittoni, ce serait celle d’une table, d’une grande armoire et d’un rouet. Et les ciels immenses de Trieste, sa ville. Chez elle, la table était son lieu d’écriture, invariablement envahie par des couches de papiers, strates de poèmes, de nouvelles, de souvenirs, de manuscrits d’amis, les plus grands auteurs triestins, sa famille d’élection: Umberto Saba, Roberto Bazlen, Giani Stuparich, Italo Svevo… Avec eux, pour eux, elle fondera en 1949 Lo Zibaldone, maison d’édition à l’aura de légende en Italie, pour l’acuité de sa sélection littéraire, pour l’élégance très sûre de son graphisme.

Témoins silencieux

La grande armoire incarne une de ses vies d’avant, celle où, avant-guerre, Anita Pittoni était devenue une designer textile renommée, créatrice de mode, de costumes, régulièrement exposée à la Biennale de Venise. Les fils de chanvre, une de ses matières de prédilection, se tenaient enroulés dans l’armoire, dans les teintes les plus chaudes, les plus profondes, témoins silencieux d’une partie essentielle d’elle-même. Et le rouet, car elle filait, concentrée, les mains éprouvant la matière, en silence.