Un visage pâle, une frange brune, de grands yeux d'un bleu profond: l'actrice, réalisatrice et chanteuse Anna Karina, figure du cinéma de Jean-Luc Godard, était une icône de la Nouvelle Vague. 

«Anna est partie hier dans un hôpital parisien des suites d'un cancer. C'était une artiste libre, unique», a déclaré à l'AFP son agent, Laurent Balandras, selon qui la comédienne s'est éteinte auprès de son mari, le réalisateur américain Dennis Berry. «Aujourd'hui, le cinéma français est orphelin. Il perd l'une de ses légendes», a tweeté le ministre de la Culture Franck Riester. La Cinémathèque française a elle fait part de son «immense tristesse».

Dans la mémoire des cinéphiles, Anna Karina restera l'image d'une ingénue libertaire, en particulier avec cette réplique culte: «Qu'est-ce que j'peux faire? J'sais pas quoi faire...» (Pierrot le fou, 1965). «C'est arrivé complètement par hasard: on est sur la plage et Jean-Luc me dit de marcher et de m'ennuyer. Je dis «d'accord, je peux jeter des pierres dans la mer, et à part ça qu'est-ce que je peux faire, je ne sais pas quoi faire?» Il me dit «tu vas dire ça tout le temps», avait-elle raconté à l'AFP en 2018.

Rebaptisée par Chanel

D'une enfance au Danemark ballottée entre une mère distante, une grand-mère décédée trop tôt et un grand-père adoré, elle avait gardé une fragilité à fleur de peau. Encore mineure, elle débarque en stop à Paris avec l'intention de devenir actrice. Elle est repérée à la terrasse des Deux Magots, café mythique du quartier Saint-Germain-des-Prés, et devient mannequin.

Lors d'une séance, «il y avait cette dame extraordinaire qui m'a demandé «Comment tu t'appelles mon petit?». «Hanne Karin Bayer». «Ah non, me dit-elle sur un ton militaire, tu t'appelleras Anna Karina». «Quand elle est partie j'ai demandé qui c'était. C'était Coco Chanel», s'était-elle souvenue l'an dernier pour l'AFP.

Godard la repère dans une publicité et lui propose un petit rôle dans A bout de souffle avec Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo, qu'elle décline. Il la rappellera quelques mois plus tard pour le rôle principal du Petit soldat, un film sur la guerre d'Algérie qui sera interdit. Sur le tournage naît entre eux une idylle qui durera plusieurs années.

Ils vont tourner sept films ensemble parmi lesquels Une femme est une femme (prix de la meilleure interprétation au festival de Berlin en 1962), Vivre sa vie, Pierrot le fou avec Jean-Paul Belmondo.

La vie avec Godard

«Nous nous sommes beaucoup aimés. Mais c'était compliqué de vivre avec lui÷, avait confié à l'AFP la comédienne en mars 2018, à l'occasion de la reprise de son premier film comme réalisatrice, Vivre ensemble (1973).

«C'était quelqu'un qui pouvait dire «Je vais chercher des cigarettes» puis revenait trois semaines plus tard. C'était une époque où il n'y avait ni smartphone, ni répondeur», avait-elle ajouté. Leur relation a été marquée par un drame, la perte de l'enfant qu'elle portait. La dernière fois que le couple mythique s'est retrouvé, c'était il y a plus de 20 ans. Depuis, aucun contact. «Il est en Suisse et n'ouvre pas la porte», avait-elle assuré à l'AFP. «Non, ça ne me rend pas triste. C'est sa vie après tout.»

Pendant dix ans, Anna Karina n'arrête pas de tourner mais elle reste l'actrice fétiche de Godard. Ni Chabrol ni Truffaut, les autres réalisateurs de la Nouvelle vague, ne la font tourner. «J'étais la femme de Jean-Luc. Ca leur faisait sans doute un peu peur», racontera-t-elle plus tard. Comme chanteuse, elle avait rencontré un grand succès en 1967 avec Sous le soleil exactement de Serge Gainsbourg, chanson tirée du téléfilm de comédie musicale Anna de Pierre Koralnik.