Cinéma 

«Anna», l’espionne sexy qui venait du froid

Luc Besson fantasme sur une nouvelle fille belle et dangereuse, une tueuse du KGB qui joue double jeu. Les scènes d’action meurtrières l’emportent sans surprise sur la réflexion géopolitique

Avec Valérian et la Cité des mille planètes (2017), Luc Besson a volé artistiquement plus haut qu’il ne l’avait jamais fait. Et s’est crashé financièrement comme jamais auparavant, l’Amérique ayant mortellement boudé son space opera. Plagier la bande dessinée de Christin et Mézières pour élaborer Star Wars, OK. Mais qu’un Frenchie vienne marcher sur nos plates-bandes étoilées, never! Frôlant la banqueroute, le nabab de Saint-Denis revient à ce qui a fait son succès: une héroïne sexy dézinguant à tout-va la crapule. Las! Les Etats-Unis ont copieusement boudé Anna.

L’action s’inscrit dans le conflit Est-Ouest, où se sont épanouis les premiers James Bond. Anna (Sasha Luss, un modèle russe rejoignant le sérail des Besson Girls, Anne Parillaud, Milla Jovovich, Rie Rasmussen…) est une paumée qui fume des joints dans un gourbi de Saint-Pétersbourg avec un mauvais garçon. Après un casse raté, débarque Alex (Luke Evans), un recruteur du KGB. Il bute le copain d’Anna et propose à la jeune femme l’alternative suivante: la mort ou le service secret armé. Elle opte pour la seconde offre et devient la plus formidable des machines à tuer. Promue top-modèle à Paris, elle exerce ses talents en Occident et tombe dans le filet de Lenny Miller (Cillian Murphy), de la CIA. Elle devient agent double, entretient une relation sexuelle avec les deux hommes – mais aussi avec une fille de l’agence de mannequin.

Gerce machiavélique

Invraisemblablement naïf, ce récit à double, à triple fond et plus est raconté dans le désordre («Trois ans plus tôt», «Six mois plus tôt», etc.). Cette narration déstructurée ajoute à la superficialité d’un produit dont chaque personnage est un cliché, de Lenny, «malin, beau et un peu salaud», à la supérieure d’Anna, une vieille gerce machiavélique et tabagique (Helen Mirren).

Quant à Anna, cette nouvelle imago féminine bessonnienne, cet avatar transparent de Nikita, fille à la dérive récupérée par l’Etat et dressée à tuer, elle s’impose en créature à la fois enfantine et cruelle, une sorte de mante sentimentale, un objet de désir lourdement armé. Quand, lors d’un shooting de mode, l’héroïne se rebelle contre le photographe dictatorial et le fait ramper, elle rabaisse le sadomasochisme au niveau de Pif le chien.

En mission, l’espionne qui venait du froid est invincible (une centaine de victimes?): elle empoisonne, poignarde, étrangle… Elle flingue surtout. Son premier mandat est d’abattre un mafieux dans un grand restaurant. Pour la tester, ses supérieurs n’ont pas chargé l’arme. Elle se débrouille donc avec les moyens du bord, estourbit une vingtaine (plus?) de gardes du corps avant de dégommer la cible à coups de fourchette… Autrement, ses chargeurs sont inépuisables: lorsqu’elle quitte le QG du KGB après avoir tué le directeur, c’est à feu roulant qu’elle abat les forces de sécurité. Comme on pouvait s’en méfier, Luc Besson n’est pas John Le Carré.


Anna, de Luc Besson (France, Etats-Unis, 2019), avec Sasha Luss, Helen Mirren, Luke Evans, Cillian Murphy, 1h59.

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