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Anne Bisang, directrice artistique du Théâtre populaire romand.
© Anne Wyrsch/TPR

Spectacle

Anne Bisang: «J’aime les auteurs qui se jettent dans la mêlée»

Nouvelles ambitions du Théâtre populaire romand de La Chaux-de-Fonds, ligne de force d’une saison dominée par Nathalie Sarraute et Christine Angot, affaire Weinstein: la directrice artistique du TPR Anne Bisang décline ses convictions

Sur les hauteurs, La Chaux-de-Fonds tisse sa toile théâtrale. Directrice artistique du Théâtre populaire romand (TPR) depuis 2013, la Genevoise Anne Bisang a l’ambition de projeter sa maison au cœur de la Suisse culturelle. Le slogan de sa nouvelle saison, «Voir loin», en est le signal. Un symbole de cet esprit de conquête? Elle coproduit cet automne Le Direktor, un scénario de Lars von Trier monté avec brio par l’Espagnol Oskar Gomez Mata – spectacle ovationné à La Bâtie à Genève, à l’affiche du TPR dès le 2 novembre, avant le Théâtre de Vidy, le Théâtre Benno Besson à Yverdon-les-Bains et Nuithonie à Villars-sur-Glâne.

Au bout du fil, Anne Bisang balaie les géographies figées. Les frontières, elle entend les faire traverser aux spectacles que le TPR cofinance – sa propre production, Elle est là, applaudie à Beau-Site depuis mercredi, se jouera ensuite à La Grange de Dorigny, à Neuchâtel et à Delémont. Mais aussi aux artistes qui lui sont chers, comme la Russe Tatiana Frolova qui présentera samedi 11 et dimanche 12 novembre Je n’ai pas encore commencé à vivre.

Lire aussi notre critique d'«Elle est là»

Le Temps: Avec relativement peu de moyens, vous cherchez de nouvelles alliances. Comment cette volonté peut-elle se traduire?

Anne Bisang: Il y a deux saisons, nous avions imaginé un dispositif intitulé «Les belles complications». Le concept consistait à former un ensemble d’acteurs qu’on retrouvait à travers trois productions, montées chacune par un metteur en scène différent. Nous reconduirons cette formule dès l’automne 2018, mais en l’élargissant à la Suisse romande, soit la Comédie de Genève, le Théâtre du loup dans cette même ville et Les Halles de Sierre.

– Il y aura donc une troupe commune à ces institutions?

– Oui, un ensemble éphémère qui sera mis à disposition de trois metteuses en scène, Manon Krüttli à La Chaux-de-Fonds, Olivia Seigne à Sierre et Natacha Koutchoumov, codirectrice de la Comédie. Leurs spectacles tourneront ensuite dans les différents lieux partenaires.

– Le TPR se transforme-t-il en incubateur de spectacles à vocation romande?

– Nous avons un rôle à jouer sur l’ensemble de ce territoire, ne serait-ce que pour honorer notre titre de Théâtre populaire romand. Notre atout, c’est de disposer de salles de répétition et d’ateliers au sein même de notre structure. C’est ainsi qu’Oskar Gomez Mata a pu répéter Le Direktor cet été pendant trois semaines, avec l’appui de notre équipe technique. Nous ne sommes pas riches, mais nous possédons un outil formidable pour accueillir des artistes et leurs compagnies.

– Cette saison est marquée par la présence de Christine Angot, dont vous programmez Un amour impossible – face-à-face entre une mère et sa fille, joué par Bulle Ogier et Maria de Medeiros. Depuis la rentrée, l’auteure d’Inceste frappe dans l’émission de Laurent Ruquier, On n’est pas couché. Quel rapport entretenez-vous avec cette écrivaine?

– Ce que j’ai toujours admiré chez Christine Angot, c’est sa façon de regarder la réalité dans les yeux, avec une honnêteté incroyable. Dans Un amour impossible, Rachel et sa fille en décousent. Au cœur de leurs échanges, il y a Pierre, l’homme que Rachel a aimé, le père aussi de Christine, celui qui a abusé d’elle. Ça pourrait être glauque, c’est lumineux, dans l’écriture, comme dans la mise en scène de Célie Pauthe. Christine Angot est de ces auteurs qui se jettent avec courage dans la mêlée.

– Vous présentez ces jours Elle est là de Nathalie Sarraute, l’histoire infernale d’un homme qui prête à une collaboratrice une idée dangereuse, sur laquelle il n’arrive pas à mettre de mots. Il la harcèle; elle se dérobe; il sombre dans une paranoïa dévastatrice. D’où vient cette affection pour la papesse de ce qu’on a appelé le Nouveau Roman?

– C’est une histoire d’amour. J’ai découvert l’écriture laconique et subtile de Nathalie Sarraute à l’époque où j’apprenais le métier de comédienne au Conservatoire de Genève. J’ai été fascinée par cette écriture qui laisse place aux silences, c’est-à-dire aux forces souterraines, celles qui sous-tendent tout échange. Nathalie Sarraute va à l’essentiel.

Quand j’ai relu il y a quelque temps Elle est là, j’ai été frappée par la résonance de son sujet avec une certaine actualité. Cet homme, «H2», qui poursuit une femme suspecte de dissidence, se radicalise. Il est incapable de créer le lien avec elle, d’admettre un autre point de vue que le sien, comme ces jeunes Français qui finissent par prendre les armes au nom du djihadisme.

– Le monde est sous le choc de l’affaire Harvey Weinstein. Avez-vous été confrontée à cette violence sur les scènes romandes?

– De jeunes comédiennes m’ont raconté des histoires de ce genre. Il n’y a pas que le harcèlement sexuel, il peut y avoir des mises à l’écart arbitraires, des chantages. Mais le monde théâtral évolue. Il y a aujourd’hui une plus grande mixité, davantage de metteuses en scène, de directrices de théâtre. On peut espérer que cette évolution change les mentalités et que les nouvelles générations soient plus vigilantes.


Théâtre populaire romand de La Chaux-de-Fonds

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