Un théâtre qui ne fait pas tourner ses productions dépérit. Aujourd’hui encore, cette logique s’impose. Mathieu Bertholet et Anne Bisang estiment, eux, que ce modèle a vécu, qu’il faut jouer plus longtemps les spectacles sur place, pour une communauté de spectateurs plus impliqués. Bref, ils prônent une pratique locale, à contre-courant du discours dominant. Alors que l’édifice économico-culturel tangue sous le choc de la pandémie, le patron du Poche à Genève et la directrice artistique du Théâtre populaire romand (TPR) à La Chaux-de-Fonds affichent leur convergence de vues et leur amitié fraternelle.

Minoritaire, le duo? Sans doute. Mais combatif. Ce matin-là, le ciel est bilieux à Genève. Mais dans le giron du Poche, l’auteur valaisan et la metteure en scène genevoise dispersent la neurasthénie ambiante. Ils évoquent leurs programmations respectives, marquées par trois spectacles en commun, rassemblés sous le nom de «trilogie de salon»: Qui a peur de Virginia Woolf? d’Edward Albee, Gouttes d’eau sur pierres brûlantes de Rainer Werner Fassbinder – le premier monté par Anne Bisang, le deuxième par Mathieu Bertholet – et Edith de Patricia Highsmith, que le public genevois pourra découvrir lundi prochain au Poche dans une mise en scène du directeur de la maison. Ils dessinent surtout un futur alternatif.