Carnet noir

Anne Deluz, disparition d’une combattante

La productrice et réalisatrice genevoise, qui débuta au côté notamment de Tanner, Reusser et Goretta, est décédée à l’âge de 55 ans des suites d’un cancer

En février 2004, à 40 ans, Anne Deluz naissait cinéaste. La Télévision suisse romande diffusait sa première réalisation, Agathe, un émouvant téléfilm coproduit avec France 3 et racontant l’histoire d’un jeune garçon persuadé d’être condamné, comme tous les hommes de sa famille, à mourir jeune. Accessoiriste devenue assistante réalisatrice, la Genevoise nous expliquait alors que réaliser un long métrage, pour elle qui ne sortait pas d’une école de cinéma, n’avait jamais été un but en soi. Agathe était d’ailleurs un film de commande dont le scénario lui avait été proposé par un producteur. Quinze ans plus tard, la disparition à 55 ans de cette personnalité lumineuse laissera un grand vide dans le milieu du cinéma romand.

Née en 1964, Anne Deluz a grandi dans la campagne genevoise. «Ma vie est un désordre», résumait-elle il y a une année dans les colonnes de la revue Cinébulletin. Son parcours sera en effet pour le moins singulier. A partir du milieu des années 1980, elle devient assistante réalisatrice pour des grands noms du cinéma romand. Elle apprend le métier au côté de Claude Goretta, Alain Tanner et Michel Soutter, ces mousquetaires qui au sein du Groupe 5 signeront le renouveau du 7e art helvétique, et aussi de Francis Reusser. En 1990, elle s’installe en Espagne, où elle travaillera aussi bien sur des grandes productions que sur des films d’auteur; elle sera même la première femme à accéder au poste de première assistante réalisatrice.

Série avec Claudia Cardinale

Après ses débuts de réalisatrice avec Agathe, elle signe en 2005 Bien dégagé derrière les oreilles, une comédie familiale qui lors de sa première diffusion sur une chaîne publique française convaincra 5 millions de téléspectateurs. En 2010, Anne Deluz coécrit et réalise pour la société Point Prod la série Port d’attache, avant d’occuper le poste de productrice associée sur L’Artiste et son modèle, long métrage qui vaudra à Fernando Trueba le Prix de la mise en scène au Festival de San Sebastian 2012.

L’année suivante, elle intègre l’équipe d’Intermezzo Films en tant que productrice et réalisatrice. Elle y produira le long métrage My Little One, de Frédéric Choffat et Julie Gilbert, tout en développant la série Bulle, dont elle réalise à partir de l’automne 2018 les six épisodes, pour une diffusion l’an prochain. Rencontrée en septembre dernier à Morges dans le cadre du salon Livre sur les quais, elle nous racontait son bonheur d’avoir dirigé, dans cette série dont chaque épisode suivra un membre d’une même famille, Claudia Cardinale et Suzanne Clément.

La Genevoise se battait depuis cinq ans contre un cancer du sein qui depuis s’est attaqué à ses os et à son foie. En juin dernier, elle témoignait, dans le cadre d’une enquête de l’émission Mise au point, sur le refus de sa caisse maladie d’entrer en matière pour le remboursement d’une thérapie révolutionnaire donnant des résultats parfois miraculeux sur le traitement de certains cancers, mais extrêmement coûteuse. Membre du conseil d’administration de la Société suisse des auteurs et présidente de sa Commission audiovisuelle, elle laissera le souvenir d’une combattante.

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