Rares sont les membres féminins de l'Oulipo, groupe de recherche sur les techniques littéraires fondé en 1960. Anne F. Garréta en fait partie, elle qui manifeste dans ses romans un goût de la contrainte formelle. Ainsi dans Sphinx (1986), avait-elle réussi à laisser planer le doute sur l'identité sexuelle de son personnage. Pas un Jour (Grasset) est le résultat d'un contrat de l'auteur avec elle-même, qui se donne du «tu». Pendant un mois, elle écrira chaque jour pendant cinq heures sur son ordinateur, «comme on va au bureau», sa rencontre avec une femme désirée. De ces supposées trente aventures, on n'en trouve qu'une douzaine dans le «roman». Tant mieux. La contrainte, ici, ne génère qu'une grande sécheresse et, pour le lecteur, une certaine lassitude. Pas le moindre élan de désir n'agite ces pages d'une écriture classique, très tenue. Comme le remarque Anne F. Garréta: «La narration échoue là où tu défailles.» Ces instants de reddition qui pourraient être émouvants nous sont donc soustraits. Restent des dragues assez techniques, des visions d'aéroports et de campus, car la romancière enseigne dans des universités américaines. Cet exercice est dédié à «Nulle». Et à «Non avenue»?