Le 12 décembre 1941 eut lieu «la rafle des notables»: 743 Juifs furent arrêtés et emmenés dans un camp près de Paris, à Compiègne. Cette opération menée conjointement par les polices française et allemande avait ceci de spécifique que les personnes appréhendées exerçaient des professions libérales – avocats, banquiers, professeurs, commerçants. Des gens qui se considéraient Français avant de se définir comme Juifs, qui, pour beaucoup d’entre eux, fréquentaient peu la synagogue, par convenance, et avaient fait des mariages mixtes.

Certains avaient combattu pour le pays pendant la Grande Guerre, avaient été décorés pour cela, y avaient laissé des proches. Tel Léonce Schwartz, le grand-père paternel d’Anne Sinclair, ils n’avaient pas anticipé leur sort, persuadés qu’ils étaient d’être profondément assimilés à la société française. En mémoire d’un aïeul qu’elle n’a pas connu, la journaliste a retracé cet épisode oublié de l’histoire de la déportation des Juifs de France. Elle avait déjà rendu hommage à son autre grand-père, le grand marchand de tableaux Paul Rosenberg, émigré en Amérique, dans 21, rue de la Boétie (Grasset, 2012).