Il n’est pas aussi facile qu’on pourrait le penser, quand on est historienne, de se faire mémorialiste. L’historienne a affaire à des faits qui, si tragiques qu’ils puissent être, ne la concernent pas personnellement. La mémorialiste, elle, parle de ce qui lui est proche. Ce n’est sans doute pas un hasard si Annette Wieviorka, qu’on connaît comme spécialiste de la Shoah et de l’histoire des juifs français au XXe siècle, a attendu aussi longtemps pour écrire ce qu’elle nomme, en sous-titre de son livre, une «Autobiographie de ma famille». Une famille constituée de deux branches juives polonaises – les Perelman, du côté maternel, les Wievorka, du côté paternel – arrivées à Paris au début des années 1920.