Un hommage présidentiel français à une femme troubadour belge populaire. Le seul fait qu’Emmanuel Macron ait tenu à rendre un hommage public à Annie Cordy, décédée le 5 septembre à 92 ans, témoigne de la place que cette artiste occupait dans le pays. «Annie Cordy nous a quittés aujourd’hui, mais ses hymnes à la joie continueront longtemps à nous trotter dans la tête et nous mettre le cœur en fête. Elle était un peu devenue Française à force de faire, de scène en scène, le tour de l’Hexagone, venue de ce «Plat Pays» que chantait Jacques Brel et qui a offert à la langue de Molière tant d’artistes qui ont su l’ouvrager avec talent», raconte avec justesse le communiqué de l’Elysée.

Annie Cordy, pour tous, était l’immortelle «Tata Yoyo», titre d’une de ses chansons les plus écoutées, sortie en 1980 en 45 tours. Sa biographie d’artiste, en revanche, était bien plus complexe et riche que ne peuvent le laisser croire ses «tubes» – Cigarettes, whisky et p’tites pépées, La Route fleurie (avec Bourvil), La Bonne du curé, Cho Ka Ka O –, tous construits sur le même modèle: du rythme, de la bonne humeur. Léonie Cooreman, de son vrai nom, fut en effet une vraie reine de la scène, formée comme chanteuse dans les revues des grands cabarets parisiens des années 1950, où elle fut d’abord remarquée par le directeur artistique du Lido. Avec un registre de préférence: les opérettes.

Sur grand écran

Viendront ensuite le cinéma et la télévision. Car Annie Cordy, avant tout interprète, est aussi une danseuse et une «show-woman» accomplie. La voici, devant la caméra, sous l’œil du réalisateur Sacha Guitry, dans Si Versailles m’était conté… (1954) puis aux côtés de Bourvil et Louis de Funès dans Poisson d’avril. L’artiste belge, portée par une voix reconnaissable, avait en elle une gouaille qu’elle pouvait aussi décliner sur le mode triste et nostalgique. Ce fut le cas dans Le Passager de la pluie de René Clément, où elle joue aux côtés de Marlène Jobert et de Charles Bronson, mais aussi dans Le Chat, adapté par Pierre Granier-Deferre d’un roman de son compatriote Georges Simenon. Annie Cordy y joue, aux côtés de Jean Gabin et Simone Signoret, le rôle d’une patronne d’hôtel, spectatrice de la haine conjugale entre les deux vieux époux, autour d’un matou récemment adopté.

La tristesse n’était toutefois pas son registre. Le brouillard et la pluie belge non plus. C’est une France ensoleillée et gaie qu’Annie Cordy avait choisi d’entonner, rejointe dans les années 1980 par le chanteur Carlos, décédé en janvier 2008, avec lequel elle partageait souvent la vedette dans les émissions de variété du petit écran. «Elle était notre «Tata Yoyo», notre «Nini la chance», qui nous persuadait «que la vie est belle quand on y croit comme elle». Elle qui avait sans cesse le cœur à marée haute nous aura communiqué son bonheur jusqu’aux derniers moments de sa vie», écrit Emmanuel Macron.

De la part d’un président français souvent associé à l’élite et plus à la littérature qu’à la chanson populaire, l’hommage dit l’importance qu’Annie Cordy avait acquise dans le cœur des Français, et dans celui de tous les francophones.