Anonyme. Les Songes drolatiques de Pantagruel. Introd. de Michel Jeanneret. Droz, 198 p.

Parues en 1565, soit douze ans après la mort de Rabelais, ces 120 images à la verve débridée composent une galerie de monstres qui s'abrite derrière le père de Pantagruel pour des raisons commerciales, mais peut-être aussi politico-confessionnelles: le «maître boursier» François Desprez à qui on les attribue appartenait au milieu parisien des imprimeurs et décorateurs qui, autour du libraire Richard Breton, se réclamaient du futur Henri IV. Ce contexte artistique est mis en lumière dans la postface de Frédéric Elsig, tandis que Michel Jeanneret étudie avec une science gourmande ce lot d'images loufoques offertes sans commentaire au regard des lecteurs du XVIe siècle. Un univers de formes en gestation, aux corps hybrides, atrophiés ou entravés qui se rattachent à la fois à la tradition flamande (Bosch, Bruegel) et à la mode des grotesques pour apprivoiser l'insolite, exorciser l'horreur, bref: conjurer la peur par le rire. C'est aujourd'hui la fantaisie surréaliste de ces étranges monstres qui retient l'attention. Salvador Dalí ne s'y était pas trompé en s'inspirant de la planche XXII pour créer son Cuisinier pâtissier géant, reproduit en couverture.