Drôle de carrière que celle d'Anouar Brahem. Né à Tunis en 1957, le musicien suit d'abord le cheminement d'un musicien classique. Etudes complètes d'oud au conservatoire. Il intériorise des pans entiers du répertoire arabe et devient rapidement un artiste virtuose. Il enregistre de nombreux maqamat, ces mélodies traditionnelles, terreau d'improvisations splendides. Mais un départ à Paris en 1981, des collaborations avec Maurice Béjart et Costa Gavras lui ouvrent de nouvelles perspectives.

Anouar Brahem est remarqué par Manfred Eicher, directeur du label munichois ECM. Avec Conte de l'incroyable amour en 1991, le Tunisien se lance dans une musique fusionnelle, où l'Orient n'apparaît que par touches savamment dosées et aisément assimilables pour une oreille profane. La rencontre avec le saxophoniste norvégien Jan Garbarek en 1994 donne naissance au disque Madar. Succès sur le plan artistique et commercial.

Le luthiste perçoit alors le potentiel d'une musique mariant sans heurt les volutes moyen-orientales et une respiration de jazz soft. En 1998, il enregistre Thimar, sommet populaire de son œuvre. Avec le contrebassiste Dave Holland et le saxophoniste John Surman, Anouar Brahem devient le chouchou des soirées estivales. Une publicité sur TF1 décrit le projet avec l'emphase des explorateurs découvrant des territoires exotiques: un «nouveau souffle oriental».

Réinstallé à Tunis, le luthiste a, sans grand effort, découvert un filon intarissable. Son dernier disque, Astrakan Cafe, reprend les mêmes climats éthérés, les mêmes moiteurs factices, les mêmes séductions lisses. Et Anouar Brahem réserve à un public plus averti, maghrébin en l'occurrence, sa poésie la plus vibrante.

A. Ro.

Anouar Brahem, Astrakan Cafe (ECM 1718/Phonag). Sortie le 18 septembre.