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Le producteur Sean McKittrick a frappé un grand coup avec Get Out, réalisé par Jordan Peele, qui transpose la cause noire américaine dans le registre fantastique, puis avec Us, qui confronte une famille à ses doubles de l’ombre. Ces deux films marquants n’avaient que le défaut de verser dans le gore. Avec Antebellum, un thriller recelant un dispositif narratif à double détente signé de Gerard Bush et Christopher Renz, le producteur revient sur la question raciale de façon plus frontale, plus réaliste, plus révoltante.

Antebellum commence par un plan-séquence qui, dans la douceur du vieux Sud, va d’une fillette blanche cueillant des fleurs à des esclaves noirs malmenés. On est au plus sombre, au plus barbare de l’esclavagisme dans cette plantation comportant un poteau de flagellation et un four crématoire. Le patron des lieux, le général Denton, mate Eden la rebelle à coups de ceinturon et la marque au fer rouge.

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La terreur règne, la révolte gronde. Les soldats confédérés viennent dîner à la plantation et se comportent en soudards avec l’assentiment de leurs officiers. Violée par le général, Eden s’endort. Elle se réveille au XXIe siècle dans la peau de Veronica Henley (Janelle Monáe), un peu ébranlée par la violence de ce mauvais rêve. Frottant ses reins, là où le fer rouge s’est posé, comme si elle ressentait une douleur fantôme, cette sociologue renommée, spécialiste de l’égalité des genres et des races, part faire la promotion de son livre.

Univers parallèle

Des échos étranges résonnent entre 1863 et 2019. Des indices inquiétants parsèment le voyage de Veronica, comme un bouquet incluant une fleur de coton ou la fillette traînant une poupée noire au bout d’une ficelle. Le papillon tatoué sur le mollet d’une esclave est celui qui figure sur le livre de Veronica. Auparavant, on s’étonne que le général Denton se réjouisse de la victoire des Confédérés à Milliken’s Bend, puisqu’en réalité ils ont perdu cette bataille. On flaire la piste de l’uchronie, de l’univers parallèle, du simulacre dickien…

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La métamorphose d’Eden en Veronica repose sur un dispositif beaucoup plus simple et infiniment plus terrifiant, dans lequel, par un jeu de flash-back et de flash-forward, le passé et le présent s’inversent. L’enfer de la plantation révèle sa monstrueuse réalité dans un coup de théâtre digne du Village de M. Night Shyamalan. Antebellum, fiction poignante, rappelle que les démons du passé sont increvables et que Black Lives Matter est un combat de chaque instant.


Antebellum, de Gerard Bush et Christopher Renz (Etats-Unis, 2019), avec Janelle Monáe, Jena Malone, Kiersey Clemons, 1h46.