Blaise Briod

Portrait

Poèmes, lettres à Marcel Brion 1927-1955 et autres écrits

Ed. d'Alexandra Weber Berney

L'Aire, 246 p.

Composé de ses lettres à l'écrivain français Marcel Brion (1895-1984), complété par un choix d'écrits, cet ouvrage illustré rend hommage à la figure discrète du traducteur et poète lausannois Blaise Briod (1896-1981), que l'on connaît surtout pour avoir été le mari – et le plus fidèle soutien – de la romancière neuchâteloise Monique Saint-Hélier. Comme on ne compte que trois lettres de Brion sur un total de 29 missives, c'est pour l'essentiel un tableau de la vie quotidienne du couple Briod qui se dégage de cette correspondance, soigneusement présentée et annotée.

Bien des affinités unissent les deux hommes: lié à la Suisse depuis ses études au collège lausannois de Champittet, Brion est comme Briod un passionné de littérature allemande et un réfractaire à toute compromission avec le nazisme. Tous deux ont une vocation d'écrivain et le futur académicien français souligne en 1937 la qualité du jugement littéraire, le rayonnement et la force de son interlocuteur, «une immense force que vous ne soupçonnez peut-être pas mais qui soulève si puissamment tous ceux qui vous approchent».

Souvent très longues, les lettres de Briod passent du «Très cher Ami» à «Nos très chers tous les quatre» quand elles s'adressent à toute la famille Brion, Monique étant choisie pour marraine de la petite Agnès. Même espacée et quasi interrompue durant la guerre, cette amitié épistolaire est un beau témoignage sur le plan humain et professionnel: dans les pires épreuves (le froid et la faim durant l'Occupation à Paris, l'aggravation de la longue maladie de sa femme, alitée depuis 1927), Briod met toute son énergie à soutenir le travail de la romancière du cycle des Alérac, qui confie à son Journal inédit, en 1942: «Blaise dessine. Je peins. Il y a dans notre chambre une sorte de grand bonheur.»

Homme à tout faire et garde-malade attentif, il s'emploie à faire reconnaître l'œuvre si originale de celle qu'il admire. Si bien que ses propres livres en pâtissent, en dehors de ses traductions de l'allemand, une vingtaine, parmi lesquelles on signalera La Dernière à l'échafaud de Gertrud von Le Fort, plusieurs romans d'Ernst Wiechert, trois nouvelles de Jeremias Gotthelf, le théâtre et les romans de Goethe (en collaboration) pour la Pléiade. Il a pourtant laissé deux recueils de poèmes et La Tapisserie d'Elione, un récit dans la mouvance de Rilke, dont Alexandra Weber Berney donne de larges extraits. Sans oublier trois études sur la traduction, écrites entre 1927 et 1959, qui mettent en avant – outre la finesse et les scrupules de leur auteur – «le plaisir du texte, le respect de l'œuvre originale et l'amour des langues».