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Musique

A Antigel, les bonnes vieilles recettes électro du Dr Wollenhaupt

Le DJ Ancient Methods se produit ce vendredi à Genève dans le cadre d’Antigel. L’Allemand Michael Wollenhaupt propose une electro à la fois dure et lettrée

C’est peut-être une étiquette, au mieux une description, mais peut-être pas encore un genre. C’est en tout cas un mot-clé: «raw techno». On l’a vu depuis quelques années fleurir avec plus en plus de force sur les agendas des clubs – et par exemple avec une constance devenue remarquable au Zoo de Genève.

Que désigne-t-il? Une envie de fêter la dystopie. Quel son décrit-il? Celui d’une musique tendue, âpre, qui à la fois martèle et soulève. Cette joie de l’ombre peut se glisser – c’est le cas chez des artistes comme JK Flesh, Regis, AnD, Habits of Hate, Houndscale ou encore Ansome – dans un schéma rythmique purement binaire, c’est-à-dire purement techno. Mais elle peut également se propager dans des structures plus étirées, davantage proches de la musique industrielle (par exemple chez Orphx, ou Shapednoise) voire de l’electro la plus paradigmatique – et c’est au sein de cette dernière sous-famille que l’on retrouvera le projet de l’Allemand Michael Wollenhaupt: Ancient Methods.

Eluard et Godard sur le dancefloor

Quand il s’agit de se faire une idée de l’esprit qui anime tel ou tel artiste de la scène électronique, il est généralement de bon conseil d’aller jeter l’œil et l’oreille sur leurs prestations chez Boiler Room – du nom de cette organisation londonienne qui, depuis 2010, organise des concerts et des DJ sets pour les diffuser via YouTube et est maintenant devenue une gigantesque encyclopédie des tourneurs de platine et des compositeurs sur disque dur. A la recherche des traces laissées par Ancient Methods sur ce canal, les algorithmes de Google aiguillent en premier lieu vers un set réalisé au début de 2016 à Berlin.

La prestation commence par cette voix de femme qui répète en boucle: «De loin en loin, dit la haine, de proche en proche, dit l’amour». Oui: c’est bien l'actrice Anna Karina lisant Capitale de la douleur de Paul Eluard au début d’Alphaville de Jean-Luc Godard. Le mantra tourne quelques fois dans l’air, Wollenhaupt dissout peu à peu la voix d’Anna dans la reverb, puis lâche ex abrupto les chevaux: c’est alors parti pour une heure de coups de boutoir élastiques, de corruption froide et de collages surréalistes – geil, aber im Gehirn («Cool, mais dans le cerveau»).

Faisons un peu de physiognomonie de comptoir: Wollenhaupt, qui a quelque chose du fils caché de Jean Cocteau et de Jon Hamm, porte sur son visage cette dualité chaud/froid, affect vs intellect. Il y a quelques années déjà, il déclarait au magazine Hartzine – à l’époque ou Ancient Methods constituait encore, avec Conrad Protzmann, un duo: «[…] seule la musique la plus sombre […] réussit à me faire de l’effet.» Il disait aussi, à la même occasion, sa joie de participer à un mouvement de rénovation – où l'on remarquera d'ailleurs que le pseudonyme d'Ancient Methods n'est pas tout à fait dénué d'ironie: «Après une phase où une techno minimale bien docile a dominé, on ose réintégrer dans le son des éléments plus physiques, percutants, voire en ajouter d’autres encore plus expérimentaux, plus sombres.»

Vantablack

On ne contestera pas à Wollenhaupt un savoir-faire accompli dans la concrétisation des idées qu’il souhaite mettre en musique, et ses propres productions les plus récentes en témoignent: La Saignée (Metaphysik, 2016 – en collaboration avec Theologian) ou The First Siren (Persephonic Sirens, 2017) sont autant de joyaux en Vantablack qui pulsent de rythmes aiguisés comme des couperets et de synthés cuirassés. Cru comme la vie, chaud comme la mort.

Ancient Methods. Dans le cadre d’Antigel. Grand Central. Ve 2 à 23h.

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