Après la déculottée, la remontada, comme disent les hérauts du foot. Thuy-San Dinh et Eric Linder pourraient sombrer dans la neurasthénie. Les décisions du Conseil fédéral de ces dix derniers jours ont balayé les quelque 50 concerts, spectacles, échappées urbaines qu’ils avaient prévus dans 20 communes genevoises. Le festival Antigel, 11e édition du nom, a vécu avant même d’avoir vu le jour. C’est ce que les codirecteurs de la manifestation ont annoncé jeudi dans l’après-midi.

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Au plus fort de la glaciation, il n’est pourtant pas interdit de brandir le chalumeau. Dans la matinée de jeudi, Thuy-San Dinh et Eric Linder ont échangé avec le conseiller d’Etat Thierry Apothéloz, ministre de la Cohésion sociale et de la Culture pour le canton. Ils lui ont fait part, racontent-ils, de leur incompréhension. Pourquoi empêcher par exemple un voyage musical en car pour 20 personnes masquées, avec gel tombant du ciel, alors que les transports publics véhiculent des cohortes de voyageurs?

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«Nous lui avons rappelé combien la muselière imposée aux artistes était choquante, alors que les commerces et les stations de ski ont pu jusqu’à présent rester ouverts, s’offusquent-ils d’une voix. Depuis le début de la crise en mars passé, nous avons planché sur une série de formules, allant de la plus ambitieuse, celle qui réunit traditionnellement 50 000 spectateurs pendant un mois, à la plus covid-compatible. Au vu de la situation, nous avions ainsi imaginé une édition d’Antigel en petit format, mais fidèle à sa ligne aventurière, avec des rendez-vous pour 50 personnes. Nous avions même renommé le Victoria Hall «Victoria Room».

Briser la glace en février

De cette discussion avec le magistrat, le duo est sorti avec un espoir: pouvoir, dans le courant du mois de février, proposer des fugues autorisées. «Dans l’idéal, nous voudrions que vivent cinq événements. Nous allons nous battre comme des chiens pour que cela soit possible.» Pas de désobéissance civile pourtant, comme ils l’ont envisagé à un moment. Ils veulent faire confiance, affirment-ils, aux autorités.

Mais ne pourraient-ils pas remettre à 2022 les plaisirs de 2021, ceux qu’on peut découvrir sur le site du festival? «Non, notre histoire est d’être en résonance avec l’actualité, balaie Eric Linder. On peut espérer que 2022 aura une autre couleur. Notre programmation répondra à cela.»

Ce refus de capituler a son symbole: la campagne d’affichage pour cette édition a commencé jeudi. Le nom d’Antigel s’y lit à l’envers et à l’endroit, comme pour signifier que les jeux ne sont pas faits. En mars d’ailleurs, si le semi-confinement est levé, le festival pourrait réserver des surprises à ses aficionados.

«Nous serons réactifs, à l’affût de toutes les possibilités», promet Thuy-San Dinh. «Avec une équipe réduite, nous sommes désormais dans une logique de guérilla, s’emballe Eric Linder. On ne veut pas être réduits au silence. Si nous réussissons à briser la glace en février, ce sera une victoire pour toute la scène culturelle.» Par temps de Covid-19, Antigel est une forme de vaccin contre le désenchantement.


Festival Antigel