L’été 2021 sera-t-il aussi silencieux que celui que nous venons de traverser? Si les gros festivals de musique tirent déjà la sonnette d’alarme, la situation est forcément aussi préoccupante du côté des petits événements et des clubs. Le point avec Anya della Croce, coordinatrice romande de Petzi, la Fédération suisse des clubs et des festivals de musiques actuelles.

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Le Temps: Etes-vous, au sein de Petzi, aussi inquiets que Paléo et Montreux Jazz face au manque de perspectives?

Anya della Croce: Oui, d’autant plus qu’on parle trop peu des petits festivals, de tous ces événements qui fonctionnent déjà en temps normal avec des jauges inférieures à 1000 personnes. Le modèle, en ce qui concerne les petites structures, dont beaucoup sont associatives, n’est pas la maximisation des profits. Leur but est avant tout d’offrir une programmation pertinente, tout en étant des lieux socialement importants, notamment en ce qui concerne la formation. Beaucoup d’associations proposent des festivals locaux, à l’image de Croc' the Rock, qui ne pourra pas se tenir à Etagnières puisque la commune a refusé l’autorisation, alors même que le canton avait validé le projet; il aura finalement lieu aux Docks, à Lausanne. Une manifestation comme Blues Rules, à Crissier, peut réfléchir à une édition 2021 différente, avec une programmation moins américaine, afin de pouvoir au moins proposer quelque chose. Mais le spectre d’une annulation de dernière minute rend les prises de décision difficiles.

Il est donc impossible d’avoir une vision à moyen terme?

D’autant plus qu’il y a aussi la question des licences. Certaines salles de concert – comme Les Docks, La Gravière à Genève, Le Nouveau Monde à Fribourg ou Rocking Chair à Vevey – ont des licences de discothèque. Lorsque les cantons annoncent la fermeture des boîtes de nuit, cela pose donc des problèmes administratifs supplémentaires. Et si organiser une soirée clubbing ou un concert ce n’est pas la même chose, nos membres ont besoin d’organiser ces soirées dansantes afin de pouvoir proposer du live; c’est une question d’équilibre économique. La plupart des salles s’autofinancent entre 70 et 100%, elles ont besoin de vendre des billets et des boissons. Or quand on doit baisser les jauges et diviser le public en différents secteurs de 300 personnes, cela devient compliqué. On a pourtant mis en place, avec la faîtière PromoterSuisse, un plan de protection assez détaillé qui fonctionne bien, avec un bon système de traçabilité.

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Existe-t-il un risque de voir des clubs mettre la clé sous le paillasson?

S’il est indéniable que certains clubs auront de gros soucis, il est encore difficile de répondre concrètement à cette question. Le maintien des RHT est une bonne nouvelle, cela sera une aide bienvenue si elles se prolongent jusqu’à fin 2021. Mais en même temps, mauvaise nouvelle, les RHT sont supprimées pour les contrats à durée déterminée. Or dans les clubs, il y a énormément de postes qui sont concernés – à la caisse, au vestiaire ou au bar. En discutant avec les autorités, on essaye ainsi de leur faire comprendre qu’il vaut mieux se concentrer sur des aides pérennes plutôt que ponctuelles. Car s’il n’existe pas de garantie en cas d’annulation, personne ne va prendre le risque d’engager des frais.