L’apocope est une figure de style qui consiste à éluder une partie du mot désigné. Le terme, nous disent les dictionnaires, vient du grec «apokoptein», «retrancher». Chaque jour, nous donnons dans l’apocope, sans vraiment le savoir. Par exemple, nous cherchons les prévisions «météo», abrégeant «météorologiques». Les écoliers empoignent leurs cahiers d’été pour bosser leurs «maths» (évidemment, les mathématiques). Et les vacanciers s’empressent d’afficher leurs photos de plage sur le Net. Autant d’apocopes – encore que «Net», on va le voir, relève plutôt de l’aphérèse. Notre charade d’hier comprenait «appeau» et «kop», ce qui conduit à notre mot du jour.

L’apocope est défendue par Bernard Pivot dans ses mots à réhabiliter, en tout cas à ne pas oublier. Il a pour lui une sonorité pétillante. Surtout, il raconte une histoire d’élision. Par l’apocope, le locuteur supprime une syllabe ou, au moins, un phonème – c’est-à-dire un son –, sans que le sens ou la désignation du mot soit corrompu.

L’Universalis range l’apocope dans la catégorie de la métaplasme, «figure de diction qui opère un changement phonétique ou graphique dans le mot par suppression, adjonction ou permutation.» Dans ce registre, l’encyclopédie mentionne aussi l’aphérèse, justement («’las pour hélas»), ou la syncope («Ma’me pour Madame»).

La langue se contracte, elle se resserre parfois. Cette tournure de l’occultation d’une partie d’un mot marque comme un empressement du parler. Elle a pourtant ses vies, et ses modes; certaines apocopes naguère très populaires, pensons à «ciné» ou «auto», peuvent paraître joliment passées ou désuètes aujourd’hui.

Et demain? Charade! Mon premier est une préposition; mon second exprime une maladie du système respiratoire; mon tout constitue un certain croisement