Les ventes aux enchères parisiennes qui inauguraient l'ouverture du marché français aux firmes étrangères se sont achevées hier sur un bilan très positif. Les ventes de livres rares se sont démarquées par leurs excellents résultats chez les deux principaux auctioneers, Sotheby's et Christie's, confirmant l'importance de la capitale française dans le marché de l'édition.

Ainsi la vente de livres illustrés modernes et manuscrits de Christie's qui se déroulait habituellement en novembre à Genève a-t-elle déménagé cette année à Paris. Les turbulences qui secouent la maison de ventes aux enchères Sotheby's – l'inculpation de son ancien directeur, A. Taubman, les perspectives de sa prochaine mise en vente ainsi que le licenciement de 14% du personnel pour 2001 n'ont pas empêché la compagnie d'inaugurer avec succès le marché parisien récemment libéralisé.

La première vacation de Sotheby's a été celle de la bibliothèque Charles Hayoit, industriel et bibliophile belge, dont la passion pour les éditions originales des grands auteurs français a permis la constitution d'une très belle collection. Vendue dans sa totalité pour 26 millions de FF, dépassant l'estimation haute fixée à 20 mios, elle atteste la très bonne santé du marché des éditions originales.

Proust et Rimbaud

L'exemplaire sur japon de Du côté de chez Swann de Marcel Proust (1913), vendu à 2,2 millions de FF constitue un record pour l'écrivain et la plus haute adjudication pour une œuvre de littérature française imprimée. Le mythique recueil d'Arthur Rimbaud, Une Saison en enfer (1873), a été arraché par le libraire parisien Jean-Claude Vrain, à 690 000 FF, au quadruple de son estimation haute.

Même constat chez la sœur rivale, Christie's, qui a organisé à cette occasion neuf ventes de mobiliers, objets d'art, livres et bijoux. Les 80% de lots vendus pour l'ensemble confirment les prédictions optimistes de son directeur François Curiel: les Français sont des amateurs d'art et le potentiel parisien est très fort. On notera toutefois des résultats inégaux selon les ventes, les collections privées ayant réalisé les meilleurs chiffres. Celle de l'historien d'art Otto Zieseniss, constituée d'art français des XVIII et XIXe s'est vendue à 97% pour 18 millions de FF, tandis que la bibliothèque Giannalisa Feltrinelli de livres anciens a été dispersée à 91%, au-dessus de l'estimation prévue.