Après le port de Liverpool, d’autres sites britanniques sont dans le viseur du Comité du patrimoine mondial de l’Unesco. Selon The Guardian, l’institution a notamment confirmé que Stonehenge pourrait être inscrit sur la liste des patrimoines en péril. Si cette inscription est loin de signifier un retrait, il s’agit d’un signal d’alerte comme le rappelle le quotidien anglais.

Avant son retrait, annoncé le 21 juillet dernier, le port marchand de Liverpool avait été placé sur la liste du patrimoine en danger en 2012. Cette dernière compte actuellement 52 sites. Jusqu’à présent, ils sont seulement trois à avoir perdu leur statut. Le quartier des docks de la ville britannique, le sanctuaire de l’oryx arabe à Oman en 2007 et la vallée de l’Elbe à Dresde en Allemagne en 2009 ont connu le même sort. Comme dans le cas de Liverpool, ce sont des aménagements modernes qui font peser des craintes sur le statut de ces lieux détaille The Guardian.

Construction dénoncée par l'opinion publique 

Le plus connu, le cercle de pierre de Stonehenge, est menacé par un projet de tunnel autoroutier de 3,2 kilomètres. Cette infrastructure est destinée à fluidifier le trafic de l’autoroute A303 qui passe à environ 200 mètres du monument mégalithique datant du Néolithique. Ce projet étudié de longue date, a reçu une accélération en novembre 2020 avec la validation d’un plan de 1,7 milliard de livres sterling (2,1 milliards de francs) par le secrétaire d’État aux Transports.

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La construction de cette infrastructure est contestée par des militants, des personnalités politiques locales et des archéologues. La Haute Cour de justice a rendu ce vendredi une décision jugeant que le plan validé par les autorités était illégal et a mis en pause le projet. L’autorité judiciaire estime que les dommages qui pourraient être causés par la construction de cette infrastructure n’ont pas suffisamment été pris en considération.

«J’encourage vraiment les autorités britanniques à rassembler tout le monde et à voir quelle serait la meilleure solution car l’avertissement [d’un placement du site sur la liste du patrimoine en péril, ndlr] a été fait à plusieurs reprises», a déclaré Mechtild Rössler la directrice du Comité du patrimoine mondial de l’Unesco interrogée par The Guardian.

Des paysages miniers à Westminster

La vieille et la nouvelle ville d’Edimbourg font également partie des lieux cités par le média britannique. La construction d’un centre commercial comprenant un hôtel autorisée en 2015 pourrait menacer le statut de ce site inscrit en 1995. Du fait de son architecture, ce complexe, largement critiqué, a été surnommé la «Golden Turd» (la crotte dorée) sur les réseaux sociaux.  Deux régions sont aussi concernées: le Lake District, situé au Nord-Ouest de l’Angleterre, ainsi que le paysage minier des Cornouailles et de l’ouest du Devon.

Pour la première, c’est l’utilisation de 4x4 et de motos tout-terrain qui cause l'inquiétude. En 2018, l’ONG World Heritage Watch avait sonné l’alarme sur les dégâts causés par ces véhicules. Dans le cas de la seconde, c’est la construction d’une distillerie de rhum utilisant la géothermie.

Le dernier lieu mentionné est le palais de Wetminster. En 2013, la construction d’un bâtiment de 29 étages de haut a été autorisée à proximité du site. L’Unesco n’a pas placé le site sur la liste du patrimoine en péril comme il l’avait envisagé.

Le changement climatique menace aussi le patrimoine

Si ces lieux sont menacés par la construction de bâtiments plus modernes, d’infrastructures ou la présence humaine, une autre menace pèse sur les sites inscrits selon Mechtild Rössler, directrice du Comité du patrimoine mondial de l’Unesco. Dans une interview publiée ce vendredi par la SRF, cette dernière estime que le changement climatique est «le plus grand danger» menaçant les sites culturels et naturels protégés. Elle pointe en particulier les risques d'inondation et d'incendie.

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«De nombreux plans de gestion sont des plans traditionnels qui ne prennent pas en compte beaucoup de risques. Mais les inondations [en Belgique, en Allemagne et en Chine, ndrl] ont clairement montré que les choses ne peuvent pas continuer ainsi, estime. Mechtild Rössler Nous devons nous adapter à des conditions climatiques extrêmes qui mettent en danger le monde et le patrimoine historique dans son ensemble.

La ville de Spa en Belgique, qui fait partie des communes les plus touchées par les inondations de la mi-juillet, a été inscrite la semaine dernière au patrimoine mondial de l'Unesco avec dix autres grandes villes thermales européennes. La décision d'accepter cette candidature déposée par sept pays a été prise par la 44e session du Comité du Patrimoine mondial qui se tient jusqu'au 31 juillet. Un autre site, le parc naturel des colonnes de la Léna, pourrait être touché par les incendies qui ravagent actuellement la Sibérie. Des bénévoles engagés pour combattre les incendies ont été acheminés sur place ce vendredi.