Dans les milieux déjà pas très tendres de la soul américaine, tout le monde, dans les années 60, craignait André Williams. Déjà à cette époque, son bagout, son style de vie effréné et ses excès ont fait de lui un personnage explosif qui hantait les scènes et les couloirs des maisons de disques. C'est en 1956 que son nom apparaît pour la première fois au firmament du rhythm'n'blues avec un morceau dansant sympathiquement intitulé Bacon Fat (gras du lard). Cette première réussite stationne pendant l'année en 10e place du Billboard R'n'B, le hit-parade de la chanson black aux Etats-Unis. Suivra une longue série de succès, lascifs à souhait: Jailbait (bon pour la prison) et Greasy Chicken (poulet gras).

Dans les années 60, il se retrouve comme producteur free-lance chez Tamla Motown, légendaire usine à hits de Detroit, pour laquelle il travaille comme arrangeur, producteur et auteur. Il y lance de grands noms de la soul comme Mary Wells, The Contours, The Temptations et un jeune garnement aveugle qui répond au doux nom de Little Stevie Wonder: «Tout le monde en avait marre de ce gamin insupportable qui courait partout dans le studio tapant sur la batterie et désaccordant le piano», se souvient Williams.

Son caractère irascible ne lui rend pas la vie facile. Il est régulièrement renvoyé de la grande maison. Heureusement les labels de rhythm'n'blues sont légion dans les années 60. André Williams signe alors des titres pour les compagnies Mar-V-lus et One-derful basées à Chicago, écrivant le succès Shake Like a Tailfeather qui se retrouvera des années plus tard sur la bande originale du film The Blues Brothers. Et enregistre lui-même le succès Cadillac Jack en 68 pour le label légendaire Chess Records.

Sa chute commence en 73 lorsqu'il est appelé à travailler sur le monument psychédélique d'Ike et Tina Turner Let Me Touch Your Mind. L'utilisation de psychotropes et l'ambiance alcoolisée en diable qui règne autour du couple sulfureux ont raison de l'équilibre mental d'André Williams. Il se retrouve pendant une dizaine d'années dans les rues de Chicago à faire la queue pour la soupe populaire, quand il n'est pas sous les ponts à se procurer ses doses.

A la fin des années 80 que le cauchemar commence à se dissiper. C'est Georges Paulus, directeur de la maison de disques de blues St-George, qui convainc le chanteur de remettre la main à la pâte. Le résultat est tout sauf lisse, mais les chansons rugueuses d'André Williams s'accommodent à merveille de cet accompagnement sauvage. Fat Back & Cornliquor sort en 96, suivi de près par Silky en 97. Le succès est immédiat.

Ainsi donc, après trente-cinq ans d'absence, Williams renoue avec les feux de la rampe. Quand il débarque dans les clubs, le côté interlope de «Mr Rhythm» intrigue toujours. Ses principaux succès parlent crûment de sexe comme l'explicite Let me put it in (Laisse-moi l'enfiler). André Williams hante les festivals les plus pointus de la planète.

André Williams, vendredi 16 juillet à l'Usine de Genève, dès 22 h, loc. 022/ 781 40 57.