Cinéma

Aquaman boit la tasse

Le superman barbu des grands fonds a droit à son propre blockbuster. Un parfait naufrage artistique

C’est une des grandes énigmes du cinéma contemporain: pourquoi, jonglant entre premier et second degré, les films que Disney tire des comics Marvel sont souvent très réussis (Iron Man 3, Les gardiens de la galaxie, Dr. Strange…) tandis que ceux de la concurrence, soit «l’univers cinématographique DC» développé par la Warner (Man of Steel, Batman v Superman, Justice League…), pataugent malgré tous leurs efforts dans la médiocrité la plus crasse (hormis un petit satisfecit pour Wonder Woman)?

Loin de s’améliorer, la situation empire avec le sixième produit DC Extended Universe. Réalisé par James Wan (Saw, sinistre référence), Aquaman touche le fond. Des abysses de nullité boursouflée! Un conglomérat d’influences hétéroclites, un délire kitsch façon Flash Gordon, une lugubre gay pride pélagique! Régi par le principe d’irréalité, ce fourre-tout infantile et grandiloquent amalgame la Rome antique, Star Wars et les architectures gungan, Lovecraft, l’Atlantide selon Platon et Pierre Benoît, La petite sirène d’Andersen, Jurassic Park, Jules Verne, les marines de Roland Cat, le Koursk, Iron Man, sans oublier un tsunami, une pieuvre aux percussions et le kraken en bonus. Quant à la musique, elle brasse sans vergogne les riffs de guitare les plus gras, l’orchestre symphonique sous amphétamines et même des synthés à la Giorgio Moroder…

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Sept peuples habitent les mers. Les plus nobles sont carrément humains, voire un peu aryens, les autres, la raclure des grands fonds, tiennent du poisson ou du crabe. Le lumpen des océans évoque un croisement entre la créature du Lagon noir et les enfants de Cthulhu. Ce fretin disparate chevauche des requins, des orques, des mosasaures ou des croisements d’hippocampe et de vélociraptor en brandissant des harpons ou des pistolets à eau plasmatiques.

Triton hipster

Créé en 1941, Aquaman a fait un peu de figuration auprès de ses collègues super-héros (Justice League) avant d’avoir son film. Incarné par le colossal Jason Momoa, ce triton hipster est né des amours d’une princesse atlante (Nicole Kidman, qui ne ressemble plus qu’à la poupée Barbie) et d’un gardien de phare. Devenu grand, fort et velu, il lutte contre le mal. A présent, il doit plonger dans la mêlée, retrouver le Trident de Neptune (comme Jack Sparrow dans le dernier épisode de Pirates des Caraïbes), qui lui permettra de vaincre son petit frère mégalomane et de ramener la paix sous la mer comme sur la terre.

Insulte perpétuelle aux lois de la physique, ce barnum incohérent n’a aucun sens de l’humour hormis un ou deux gags lourdauds (un guerrier pélagien dont le scaphandre a été brisé reprend son souffle en plongeant la tête dans la cuvette des WC…) et démolit la moitié de la planète pour tirer une morale œcuménique selon laquelle «la terre et la mer ne font qu’un».


Aquaman, de James Wan (Australie, Etats-Unis, 2018), avec Jason Momoa, Amber Heard, Willem Dafoe, Dolph Lundgren, Patrick Wilson, 2h23.

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