dessin-objet

Des arbres et des plumes

L’art d’Alexandre Hollan et celui de la plus jeune Barbara Puthomme à Carouge

Son travail de peintre et de dessinateur, Alexandre Hollan l’accomplit à la manière d’un poète, en interrogeant le réel et sa propre attitude devant lui. Face aux arbres, ou plutôt face à l’arbre appelé «la Grande Roue», le chêne majestueux perçu différemment à chaque moment, l’artiste crée une césure au sein du feuillage, par où le regard pénètre. Le travail graphique, comme la contemplation elle-même, procède par phases; le premier geste, entaille radicale, est suivi de nouveaux élans, de lignes coudées qui délimitent des fragments, une parenthèse plus intime dans le spectacle de la vision. L’effacement partiel de ce motif offre ensuite à la main une nouvelle plage où elle pourra agir, non pas à froid, toutefois, mais en se coulant dans un espace préparé, tout chaud encore de la présence des rythmes et des gestes précédents.

Naissent alors ces taches plus sombres, au fusain, à la gouache, ces masses qui s’appuient sur la structure initiale. Dans le leporello, enfilade de pages en accordéon, livre qu’au lieu de feuilleter, on ouvre et déploie tout entier, le visage de l’arbre se réduit à un angle, un tronçon de branche, une ramification qui suffisent à évoquer l’ensemble. Ces instantanés mis bout à bout reconstituent, à la façon de vers lus successivement, le véritable poème que l’arbre jette au visage du spectateur, et qui lui coupe le souffle.

C’est donc le cheminement de la perception et de l’appréhension d’un objet, d’un être, que tend à représenter cette œuvre. Né à Budapest en 1933, arrivé en France en 1956, Alexandre Hollan vit en alternance à Paris et dans le Languedoc. Dans ce contexte méridional, il examine avec attention le jeu des branches, les petites formes qu’elles inscrivent dans la forme générale, le tremblé et la rigidité.

«Bulles d’amour»

Contrastant avec le travail de ce peintre bientôt octogénaire, les créations en plumes de la plus jeune Barbara Puthomme, qui vit à Besançon, évoquent des reliques déposées sous une cloche de verre, des fleurs plutôt que des arbres, la couleur plutôt que le noir et blanc. Baptisées paysages, ces «bulles d’amour», référence à certains détails du Jardin des délices de Bosch, semblent autant de tentatives de capturer le temps, en l’insérant dans l’espace du rêve ou dans celui du conte de fées. Ces inventions, qui pourraient sembler précieuses, du fait de l’utilisation de la plume et de ses chatoiements, ou funèbres, ou encore kitsch, se révèlent simplement fantasques et insolites.

Alexandre Hollan et Barbara Puthomme, Galerie Ligne treize (rue Ancienne 15, Carouge, Tél. 022 301 42 30). Me-ve 14h-18h30, sa 11h-17h. Jusqu’au 14 décembre.

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