Cinquante-deux blanches et trente-six noires pour dix ans d'activisme musical à Genève. Voilà l'équation que propose dès le 20 mars le Festival Archipel, dixième du nom. Une équation aux inconnues innombrables, tant le clavier, «instrument roi» du répertoire classique, s'est prêté aux détournements les plus divers. Préparé, mécanisé, électrifié et décomposé, le piano du XXe siècle livre ses entrailles en pâture au public de ce 10e «festival de musiques d'aujourd'hui».

En une trentaine de concerts répartis sur quinze jours, Archipel propose un voyage passionnant au cœur de l'instrument avec, notamment, les véloces études pour piano mécanique de Conlon Nancarrow (ma 20), les sonates telluriques de Galina Ustvolskaïa par l'excellent Markus Hinterhäuser (je 22) ou les «Makrokosmos» de George Crumb par Peter Degenhardt (me 28). Un George Crumb qui, avec Steve Reich, fait partie des compositeurs que privilégie la présente édition, tandis que le «compositeur en résidence» Helmut Lachenmann se voit célébré par le biais de deux concerts, le 24 et le 25 mars.

Musique et cinéma

Autre axe emprunté par la programmation, les échanges entre musique et cinéma, fruits d'une collaboration avec le cinéma Spoutnik, ne pouvaient trouver meilleur ambassadeur que Michel Chion. Cinéaste, compositeur et critique, le Français donne une conférence le 27 mars sur «La mise en scène du son», tandis que ses films et partitions figurent au programme des 27 et 28 mars respectivement. Une rencontre prolongée le mardi 27 avec un remix du Moby Dick de John Huston par l'équipe grenobloise de Métamkine, par ailleurs créateurs de l'excellente série de mini-CDs «Cinéma pour l'oreille». Avec Archipel, du piano au cinéma, toutes les couleurs du spectre s'ébattent entre le noir et le blanc.

Festival Archipel, du 20 mars au 1er avril à Genève. Rens.022/329 24 22 ou www.archipel.org