En 1957, Walt Disney fait visiter à un couple typiquement américain et à ses deux enfants la Home of the Future, une maison en plastique moulé construite selon les principes de l'industrie automobile, qui doit être le clou de Tomorrowland, un parc d'attractions consacré à la vie quotidienne de l'avenir. L'époque est à la prospective, à l'innovation et à la production industrielle du bonheur. Les meubles et les robots ménagers adoptent la streamline des voitures de Detroit. Et leurs utilisateurs arborent le sourire éclatant des vedettes de cinéma. Tomorrowland n'a pas été achevé, mais le rêve d'un mode de vie et d'un confort rendus possibles par l'industrialisation est resté.

L'exposition Les Années Pop ne fait pas le portrait d'un mouvement artistique (le Pop n'était ni un mouvement, ni une école). Elle brosse le portrait d'une époque où les genres s'entrecroisent, où les artistes ne se cantonnent pas à un mode d'expression, où ils s'inspirent de la production et de l'image de masse. Exprimer le monde réel, jouir de ce qu'il offre (y compris la richesse, si d'aventure elle est au rendez-vous), et espérer en l'avenir, voilà, au début, le propos du Pop Art. Naturellement, l'esthétique pop n'est pas la reproduction servile de celle de l'industrie. Elle la retravaille, elle la modifie. Et elle lui impose son esprit: la jouissance d'abord (et le profit, s'il est au rendez-vous).

Dès les années 50 et plus nettement dans les années 60, l'esprit du Pop fait son chemin. L'exposition du Centre Pompidou présente de nombreux travaux d'architectes et de designers dont les projets et les produits expriment cet esprit. Les Anglais de l'Independent Group ou d'Archigram inventent des ensembles habitables qui poussent à l'extrême les possibilités offertes par l'industrie. Cedric Price conçoit entre 1959-1961 un bâtiment (non réalisé) dont le nom, Fun Palace, est tout un programme, et dont la silhouette évoque le futur Centre Pompidou. Aux Etats-Unis, Buckminster Fuller imagine de couvrir une partie de New York sous un dôme en plastique transparent. Les projets de villes utopiques les plus fantaisistes fleurissent en Allemagne, en France et en Italie. Mais on en reste le plus souvent à l'utopie.

C'est dans le domaine de l'ameublement, des appareils ménagers et audiovisuels que l'esprit pop a abouti à la réalisation du plus grand nombre d'objets: couleurs pétaradantes, triomphe du plastique injecté ou moulé, fauteuils gonflables, mousses qui permettent la production de formes molles et confortables. La mode adopte aussi des matériaux inédits. Avec ce design des objets de consommation, le Pop Art renouvelle l'industrie dont il s'est inspiré. Il lui communique sa fantaisie et, finalement, réalise le rêve contenu dans son nom: il devient populaire.