C'est un groupe de rock miraculé, mort trois fois, que le Caribana festival propose ce jeudi: Archive, formation infréquentable qui gagne à être connue.

Archive, c'est Darius Keeler et Danny Griffiths. Deux musiciens londoniens proches du cliché, torturés, aux cheveux gras et au discours en bafouille. Par ailleurs, chasseurs de sons et bidouilleurs électro. Au début des années 90, ils tricotent l'album Londinium, retenu par le label Island, qui hésite toutefois longtemps avant de sortir cette expérimentation.

D'emblée, Archive est étiqueté trip-hop, aux côtés de Portishead, Massive Attack ou Lamb. Londinium est même considéré comme le manifeste de ce courant flou, et certains fans voient l'album comme le chef-d'œuvre du groupe, maudissant tous ceux qui suivront.

Car en 1999, Archive surprend. Embauchant une nouvelle chanteuse, les deux diablotins produisent Take My Head, une collection méchamment pop. Des titres sucrés comme une coupe de fraises à la crème double. Les fans vilipendent cette trahison à l'esprit trip-hop. Fracture, ou malentendu: Take My Headconstitue surtout un délice de pop perverse, un genre d'Abba postmoderne et décadent.

En 2002, nouvelle vie. Archive réapparaît avec You All Look The Same To Me. Le chanteur, Craig Walker, a été embauché par petite annonce par les compères. Ceux-ci assurent que, enfin, le public découvre la vraie musique d'Archive, décrétant que Take My Head était «un tas de m...». Sympathique mauvaise foi.

La période avec Craig Walker est fructueuse. Méconnu dans son pays, Archive gagne du terrain en France, en Allemagne, en Suisse, malgré sa créativité caractérielle: morceau-phare de leur album, le pink floydien «Again», dure 17 minutes. Luc Besson convoque Archive pour la BO de Michel Vaillant, BO qui, elle, restera dans les annales. Puis, toujours avec Craig Walker, arrive Noise, plus tranché.

A l'été 2005, en pleine tournée, Craig Walker quitte le groupe pour «raisons personnelles». Nouvelle fracture. Darius Keeler et Danny Griffiths engagent trois chanteurs, Maria Q, une fidèle, l'Autrichien Pollard Berrier, qui les a approchés par courrier, et David Penn, déjà en renfort l'été dernier. Cette nouvelle composition débouche, fin mai, sur Lights. Encore un virage: Darius Keeler et Danny Griffiths proposent un son plus accessible tout en restant fidèles à leurs obsessions, notamment dans l'étourdissant morceau éponyme - 18 minutes, encore. A présent, les deux musiciens rêvent d'un album symphonico-électronique. Archive n'est pas encore classé.

Archive en concert ce soir, Caribana festival, Crans-près-Céligny (VD), 22h30 (rens. http://www.caribana.ch). CD: Lights (Warner).