Que restera-t-il dans cinquante ans des rêves évanouis qui auront nourri Expo.01 puis Expo.02, des querelles, des reports, des garanties de déficit, bref, de tout ce que la manifestation ne montrera pas en 2002? Pas grand-chose, gageons-le. Pourtant: cette histoire de l'exposition nationale en dit au moins autant sur la Suisse au tournant de ce siècle que l'image construite, nette, futuriste dont elle accouchera finalement et qu'elle projettera sur les trois lacs.

Le reflet d'une société

Forts de la conviction que la gestation de chaque exposition nationale est le reflet d'une société, les concepteurs d'Expos. ch-présenter la Suisse? se sont penchés sur l'histoire des manifestations helvétiques de ce type. Objectif de l'exposition présentée à partir de jeudi aux Archives fédérales: rappeler ce qu'elles ont été, mais aussi ce qu'elles auraient dû être, les événements qui ont marqué leur élaboration ou leur déroulement. Même discrète, Expo.02 constitue la toile de fond d'Expos.ch. C'est même le point de départ d'une réflexion qui a également abouti à un recueil de contributions dont la conclusion est claire: «Les conflits autour d'Expo.02 ne sont pas une exception, mais la règle dans l'histoire des expositions nationales suisses.» (lire ci-dessous).

La scénographie d'Expos. ch est construite autour d'un principe simple: seuls les éléments qui constituèrent officiellement la manifestation sont visibles, tandis que l'histoire oubliée des manifestations est cachée. Cela donne une exposition à l'image des archives: un peu austère mais pas avare en surprises pour qui se hasarde à fouiller un peu. Concrètement, l'installation consiste en cinq rangées de comptoirs, une par exposition nationale réalisée. Dans chaque rangée, le premier meuble raconte la réalité géographique de l'expo; le deuxième la présence de l'armée, le troisième les divertissements, et enfin, le quatrième, les éléments «patriotiques», villages et autres voies suisses. Sur les comptoirs, plans, photos, enregistrements audio et visuels, objets et maquettes rendent compte de chacune des manifestations. Ainsi, ces images du «village nègre», l'une des attractions de l'Expo de Genève, où, selon une pratique très en vogue à la fin du XIXe siècle, on «importa» des Africains pour le divertissement des visiteurs. On raconte que la principale occupation des visiteurs consistait à lancer des pièces dans le lac au centre du village pour le bonheur de voir les Africains les ramener. Ou encore le film scandaleux projeté à l'Expo 64 par l'armée, La Suisse vigilante, qui simulait le champignon d'une bombe atomique sur la Suisse.

A l'intérieur des comptoirs, de grands tiroirs cachent l'histoire ignorée ou oubliée de ces événements: projets écartés, polémiques, ennuis financiers, etc. On y trouve par exemple divers documents attestant d'un projet d'un concours de beauté à Genève, finalement annulé par peur du scandale. Ou encore des coupures de journaux qui racontent la polémique qui entoura Jacques Piccard, père du mésoscaphe, lorsqu'on découvrit qu'il n'était pas issu du «Poly» mais licencié en droit. Et qui se souvient qu'on envisagea jusqu'en 1962 le report de l'Expo 64, pour cause de surchauffe économique?

Expo.02, qui n'existe pas encore, devrait être tout entière cachée dans des tiroirs. Les concepteurs d'Expos.ch sont allés plus loin: la manifestation en gestation est présente sous formes de quelques dias fugaces projetés sur le mur du fond. On aperçoit Nelly Wenger derrière le micro de l'une des innombrables conférences de presse de crise, des maquettes d'arteplage ou un logo falsifié «Expo.01, 2, 3, nie»(Expo.01, 2, 3, jamais).

La présence de l'armée

Au-delà des petites histoires, Expos.ch met en évidence l'évolution de la Suisse entre 1883 et 1964. Les foires commerciales du XIXe siècle, âge d'or du libéralisme et de la technologie ont très vite disparu. Avec le XXe siècle, sont nées les manifestations à thème, des expositions de 1914 et 1939, éloge de la nation face à la menace, à celle de l'opulence: en 1964, c'est la culture qui devient le principal symptôme de l'esprit national. Témoigne de ces changements: la présence de l'armée. Représentée en 1883 par l'industrie de l'armement, son pavillon sera l'une des principales attractions des expos d'avant-guerre(s) – du moins jusqu'à ce qu'une grande partie des pièces exposées soit retirée, cas de force majeure. En 1964, la défense nationale obtiendra de haute lutte son pavillon à Lausanne, qui voulait l'exiler loin de Vidy, au Palais de Beaulieu.

Expos. ch - présenter la Suisse?, du 24 août au 27 oct. 2000, Archives fédérales, Archivstr. 24, Berne, 031/322 89 89, www.expos.ch