Musique

Ariana, tout d’une grande… ou presque

La superstar américaine Ariana Grande s’arrête à Zurich pour une unique date suisse, huit mois après la sortie de «Thank U, Next». Un cinquième album de haut vol, mais avec une foule de questions en suspens

Placer trois singles aux trois premières places du très fiable classement américain Billboard? Les Beatles l’avaient certes fait en 1964, mais ça n’était jamais arrivé dans l’histoire de la musique pour un artiste solo. C’est désormais chose faite depuis le 18 février dernier, lorsque Ariana Grande a réussi à installer trois de ses titres au sommet, dix jours seulement après la sortie de Thank U, Next. Un cinquième album qu’on n’attendait pas vraiment, puisque publié seulement six mois après le quatrième, Sweetener. Plutôt que de se répandre sur le mauvais goût supposé du grand public américain, mieux vaut s’incliner devant ce qu’on pensait impossible: à 26 ans, la Floridienne – et résidente californienne – a sorti un très grand disque de pop commerciale.

Douze titres créés dans l’urgence, des paroles qui sonnent authentiques, une production plus directe, et sa voix légendaire utilisée sans artifice de séduction, et qui jamais ne sombre dans la caricature. On est loin, très loin de la variété dans laquelle se vautrent ses rivales. C’est ici l’affirmation d’un véritable changement de statut. La jeune fille est en pleine confiance et a décidé de faire ce qu’elle voulait. «Et non plus une moitié d’album pour renforcer mon statut, et une autre qui me plaît», comme elle l’a avoué au Vogue américain.

On a longtemps cru que son destin de star n’était qu’un conte de fées scénarisé à l’américaine: repérée à la petite enfance pour sa voix qui court sur quatre octaves, venue à la célébrité à la sortie de l’adolescence pour son rôle dans la série Victorious diffusée sur Nickelodeon, avec la certitude ancrée dès son plus jeune âge qu’elle était faite pour la lumière. Malgré son visage d’ange, sa vie a pourtant emprunté des chemins bien tortueux. Parfois sur ses seules erreurs, comme cet incident filmé dans une boulangerie où elle lèche un beignet avant de le remettre en rayon en criant: «Je déteste l’Amérique et les Américains!»

Imitations risquées

Mais loin d’être une écervelée dépassée par sa notoriété de superstar, Ariana Grande a toujours gardé une forme de légèreté par rapport à son image. Ses nombreuses imitations de personnalités, assez risquées dans un milieu parfois à cran, ont dévoilé un sens de l’humour inédit à ce niveau. Et elle maîtrise l’autodérision comme peu savent le faire. Par exemple sur le plateau de Saturday Night Live, en 2016, quand elle affirmait: «Oui, les enfants stars finissent souvent drogués, en prison, enceintes ou alors à se faire surprendre à lécher des beignets.»

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Reste qu’elle n’a pas été épargnée par les épreuves et les tragédies ces derniers mois. L’attentat perpétré à la fin de son concert à Manchester, en mai 2017, avec ses nombreuses victimes, l’a bien évidemment traumatisée. Au point qu’elle a avoué encore suivre une thérapie, et ne pas être toujours capable d’exprimer certains sentiments à ce sujet. La mort en septembre 2018 par overdose accidentelle de Mac Miller, le grand amour de sa vie avec qui elle avait rompu quelques mois plus tôt, l’a replongée dans des turbulences affectives et un vrai déséquilibre de vie quotidienne.

«Je suis malheureuse»

«Je sais que j’ai beaucoup de chance, mais qu’en même temps je suis vraiment malheureuse. Thank U, Next a été écrit en une semaine et enregistré en deux. C’est un album loin d’être joyeux. Si certains morceaux peuvent laisser penser le contraire, ils évoquent en réalité des chapitres très tristes de ma vie. Je dois aussi avouer que je ne me souviens pas de tout, ces derniers mois, j’étais souvent ivre et tout le temps triste», a-t-elle déclaré au magazine Billboard.

Son concert prévu dimanche à Zurich ressemblera probablement aux autres de sa tournée mondiale: des shows millimétrés, avec peu de part à l’improvisation et à la communication directe avec son public, tant Ariana Grande est obsédée par le contrôle. Reste également cette question: a-t-on assisté ici à une vraie métamorphose, de celles qui propulsent les artistes dans une autre dimension historique, ou à un simple pic de forme temporaire? Tout ce qu’elle a rendu public depuis cet album est hélas sans grand intérêt et ne plaide pas en faveur de son développement durable. Deux clips anecdotiques avec sa copine Victoria Monet, d’autres avec ses copains rappeurs, et un trio d’un mauvais goût affligeant avec Miley Cyrus et Lana Del Rey: Don’t Call Me Angel, un coup commercial grotesque. Des créations inutiles dont on espère qu’elles sont seulement le fruit de sa suractivité, et non une rechute dans la facilité commerciale.


Ariana Grande en concert à Zurich, Hallenstadion, dimanche 13 octobre.

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