Propulsée au firmament du cinéma français par le succès surprise de Marius et Jeannette et le César de meilleure actrice qui s'ensuivit, Ariane Ascaride est surtout connue comme la moitié de Robert Guédiguian, cinéaste marseillais devant l'Eternel. Dix films en commun depuis vingt ans et très peu d'à-côtés, même si cela commence à changer. Au contraire du couple Bacri/Jaoui, ils ont choisi de se partager le travail de promotion de leur nouveau film. A dame Ascaride la Suisse romande. Très classe avec ses cheveux courts, mais aussi avec ce soleil du Midi qu'elle paraît toujours porter dans son cœur, elle se fait l'ambassadrice d'un cinéma qui reste à part. Malgré son audience croissante.

Le Temps: Depuis «Marius et Jeannette», on vous voit aussi dans d'autres films, comme bientôt dans «Drôle de Félix» de Ducastel et Martineau…

Ariane Ascaride: Un acteur qui ne travaille pas est quelqu'un de malheureux. C'est un métier difficile et parfois cruel. Alors, ce n'est pas au moment où les propositions arrivent que je vais faire la fine bouche. En fait, j'ai la chance de toujours avoir eu du travail mais, au cinéma, cela se limitait aux films de Robert Guédiguian. J'aime bien faire des apparitions dans les films d'amis, des clins d'œil, un peu comme la coccinelle de Gotlib. Je pense vraiment qu'un film est d'autant meilleur que ses seconds rôles sont bons.

– Justement, cette exceptionnelle troupe de comédiens qu'on retrouve au grand complet dans «A l'attaque», s'agit-il tous de professionnels?

– Vous connaissez bien sûr Jean-Pierre Darroussin, mais presque tous sont des acteurs à plein temps, que ce soit au théâtre, à la radio ou à la télévision. Seul Gérard Meylan, qui jouait Marius, est à part. Il est infirmier et travaille de nuit dans un hôpital de Marseille. Je ne pense pas qu'il dirait forcément non à d'autres propositions, mais il est dans un rapport de luxe avec ce métier, où il peut se permettre de ne jouer que ce qu'il a envie.

– «A l'attaque!» est le troisième «Conte de l'Estaque». Pourquoi seulement le troisième?

– Robert réserve cette appellation à ses films les plus optimistes, qui contiennent une proposition utopiste. Avant celui-ci, il y a eu L'argent fait le bonheur et Marius et Jeannette. Les autres sont plus sombres, plus tragiques. Ce sont les deux seuls modes sur lesquels il s'exprime. C'est plus fort que lui.

– L'Estaque, c'est ce vallon sous le grand pont qu'on voit dans le film?

– Oui, sauf que l'Estaque s'étend aussi plus loin. C'est resté un quartier avec une forte identité ouvrière et populaire, même si les usines et le chantier naval qui le faisaient vivre ont quasiment disparu aujourd'hui. Il est aussi connu à travers des toiles de Cézanne ou de Braque. Robert Guédiguian y est né, alors que moi, je suis de Marseille. Nous vivons à Paris maintenant, mais nous gardons nos racines là-bas. Cette ville m'est absolument nécessaire et j'y ai gardé une petite maison dans la calanque…

– Chaque tournage doit être un peu comme les retrouvailles d'une grande famille?

– Bien sûr, on en profite pour parler de tout, faire le point sur nos vies, mais c'est surtout du travail et nous prenons cela très au sérieux. Rien à voir avec la communion de la petite… Une des clés de la réussite de cette bande, c'est que chacun y fait son boulot sans individualisme. Seul Robert Guédiguian a vraiment la vision d'ensemble, parce que c'est son film.

– Malgré son titre offensif, «A l'attaque!» paraît aussi comme un film défensif, en réponse à certaines critiques…

– En fait, le scénario avait déjà été écrit avant A la place du cœur. Quant à la grande polémique entre cinéastes et critique, elle est venue après le tournage. Je n'affirmerai pas que tout ça n'a eu aucune influence, mais au fond, Robert a simplement eu envie de faire un film qui raconterait ses problèmes de créateur. Ceux d'un homme issu d'un milieu populaire, qui a des convictions politiques et qui ose dire: «Je fais du cinéma comme ça.»

– De tous vos films, en avez-vous un préféré?

– C'est un peu comme demander de choisir entre ses enfants. Chacun m'a apporté également de plaisir, mais je dois avouer que je garde une tendresse particulière pour Ki lo sa?, un film peu connu qui a été très difficile à faire. C'était le troisième, une manière pudique de dire qu'on croyait l'avenir totalement bouché…

– Il paraît que vous avez déjà le prochain en boîte?

– Nous avons en effet enchaîné les tournages et il est actuellement en montage. Cela s'appelle La ville est tranquille et c'est une tragédie absolue…