marché de l’art

Aristophil, après la bulle spéculative, un risque d’éclatement

L’escroquerie Aristophil met à mal la niche des manuscrits, qui représenterait près de 4% du marché de l’art

Après la bulle spéculative, un risque d’éclatement

Pour nourrir l’impression que le segment devenait toujours plus attractif et faire gonfler la bulle spéculative, Aristophil achetait annuellement des documents pour près de 100 millions d’euros. Des acquisitions souvent opérées de manière flamboyante durant des enchères publiques par Gérard Lhéritier lui-même afin de s’assurer de la publicité gratuite. La société entretenait également tout un réseau d’intermédiaires financiers et d’experts, devenus au fil du temps les meilleurs ambassadeurs de la cause.

Les procédures judiciaires engagées risquent bien de faire éclater le marché des lettres manuscrites. Ce qui n’inquiète pas forcément les professionnels du milieu, à l’instar d’Anne Lamort, présidente du Syndicat national de la librairie ancienne et moderne (SLAM), à Paris. «Les manuscrits avaient été survalorisés à dessein au moment de leur entrée dans le fonds d’investissement. Les vrais amateurs s’étaient alors retirés de ce secteur, connaissant le prix des choses. Si les procédures s’étalent sur dix ans, j’ai bon espoir que la bulle puisse se dégonfler en douceur et, à ce moment-là, les professionnels reviendront sur ce marché, qui, il est bon de le rappeler, était resté très stable durant 150 ans.» Un avis proche de celui de Nicolas Ducimetière, vice-directeur de la Fondation Martin Bodmer à Genève et lui aussi expert en la matière: «La passion des véritables collectionneurs et l’intérêt des institutions culturelles et muséales ne disparaîtront pas, ils demeureront des acheteurs naturels et motivés pour les manuscrits autographes. Risque en revanche de s’évanouir la catégorie des purs investisseurs, voyant les manuscrits comme un produit financier de niche et qui s’en détourneront pour aller sous d’autres cieux.»

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