«Arles doit être un terrain d’expérimentation»

La prochaine édition des Rencontres photographiques d’Arles est la première signée Sam Stourdzé. Revue de programme avecle nouveau directeur

2015 marque la 46e édition des Rencontres photographiques d’Arles, mais la première orchestrée par Sam Stourdzé, jusqu’alors directeur du Musée de l’Elysée à Lausanne. Largement transdisciplinaire, quelque peu helvétique, référentielle et vernaculaire à la fois, la programmation traduit les affinités du nouveau chef, sans être en rupture avec les précédents menus.

Samedi Culturel: L’édition 2015 est marquée par le dialogue entre photographie et cinéma, photographie et architecture, photographie et musique… La patte Stourdzé?

Sam Stourdzé: Oui, les éditions à venir joueront cette confrontation. Ce n’est pas la transdisciplinarité pour la transdisciplinarité, mais parce que les pratiques artistiques s’entrechoquent. Nous devons être au plus près de la création, or les photographes et artistes d’aujourd’hui décloisonnent largement. Arles doit être un terrain d’expérimentation. Un musée présente une exposition après l’autre, un festival les juxtapose. Tout l’enjeu est d’arriver à créer une alchimie, à ce que ce qui est à côté produise quelque chose. La programmation s’est donc faite en déroulant des fils, en passant de Venturi à Cablat puis à Brunetti et ses cathédrales. C’est la même chose avec Evans, Shore et Parr. Shore a toujours considéré Evans comme une figure tutélaire et en regardant les images de Martin Parr, on se rend bien compte qu’il connaît son Shore sur le bout des doigts.

Vous prétendez à une relecture de ces grands maîtres. Comment?

Oui, parce que nous ne sommes ni le MoMA ni le Centre Pompidou. Quand ils abordent un sujet, cela devient l’exposition définitive sur ce thème. Notre but n’est pas de présenter une rétrospective de Walker Evans mais de montrer une face méconnue de son travail, en l’occurrence son œuvre imprimée. Pour Shore, il s’agit d’une rétrospective classique, car cela n’avait jamais été proposé. On fait toujours commencer son travail avec les travaux en couleurs des années 1960 mais il y a eu quinze années avant. Cela permet de le recontextualiser.

Pourquoi un zoom sur le Japon?

La section «Je vous écris d’un pays lointain», en écho à Michaux et Chris Marker, se veut une réappropriation d’une scène lointaine par un regard de spécialiste. Simon Baker, conservateur à la Tate, connaît extrêmement bien la photographie japonaise et m’avait fait part de son envie de travailler sur le sujet. Nous présentons huit photographes, nés entre les années 1930 et 1980. On cite toujours Araki et Moriyama, c’est une manière d’aller plus loin. Les Rencontres sont une plateforme pour les artistes mais aussi pour les commissaires. Pour les 35 expositions de cette année, il y a 39 commissaires, confirmés ou non.

La Suisse est très présente, à travers des artistes du pays ou des œuvres ayant été produites ici. Le résultat de votre passage à l’Elysée?

Oui, évidemment, mais aussi parce que la qualité est là. Le partenariat signé pour trois ans avec Présence Suisse est une manière de souligner l’expertise helvétique dans le domaine de la photographie. Cette édition présente des artistes suisses comme LP Project, dont une résidence à Arles leur a permis de produire le troisième volet d’investigation de leur discographie imaginaire, ou des expositions comme Las Vegas Studio, conçue par le Museum im Bellpark de Kriens.

Les collectionneurs en revanche semblent confirmer leur importance, au gré des éditions.

En 2003, en tant que commissaire indépendant, j’avais proposé à Arles une exposition autour de la collection de Claude Berri. Depuis, c’est une récurrence dans la programmation. Les collectionneurs ouvrent des voies, ils ont une liberté d’approche qui leur permet d’être beaucoup plus prospectifs que les institutions. Montrer ces grandes collections n’est pas une question de valeur marchande, c’est le moyen d’avoir un métro d’avance.

Qu’en est-il de la photographie documentaire, dont une section montre les nouvelles approches?

C’est un champ dans lequel on assiste à un certain nombre de mutations depuis quelques années. Les photoreporters trouvent de moins en moins de débouchés dans la presse et ça les oblige à développer d’autres stratégies, artistiques pour certains. Cela fait évoluer la pratique elle-même; le traitement des sujets se fait sur un temps plus long, le séquençage est plus subtil. Nous présentons 4-5 projets racontant le monde à la façon d’artistes utilisant la photographie, de Paolo Woods à Thierry Bouët en passant par Natasha Caruana.

Rencontres photographies d’Arles, du 6 juillet au 20 septembre. Trente-cinq expositions contre une cinquantaine les années précédentes pour plus de 3000 œuvres exposées. www.rencontres-arles.com