En 1770, Pierre Le Roy est condamné à mort pour avoir glissé sous la porte des notables de Cambrai des missives anonymes blasphématoires. Bêtises d'un gamin de 18 ans, revenu de Paris où sa famille avait dû s'exiler suite aux escroqueries de son père. Avant d'être mis à la roue, Pierre a droit à la «nuit blanche», ce temps suspendu au cours duquel le condamné peut commander un repas, compléter ses aveux s'il y a lieu et revoir les siens. La démarche d'Arlette Farge s'inscrit dans ces quelques heures qu'elle reconstitue à partir des archives. Au départ projet théâtral avorté, ce livre en a gardé une dramaturgie très attachante. A la fois travail d'historienne et création littéraire, il s'appuie sur les interrogatoires, plaintes et témoignages. Le récit est entrecoupé de brefs dialogues qui restituent le rythme, les manières, le son du parler populaire de la fin du XVIIIe. La mère de Le Roy, Marie-Reine, a bien existé mais Arlette Farge a inventé Charlotte, l'amie de Pierre, et quelques compagnons. A travers eux, c'est un plaidoyer pour les petites gens et un tableau de la contestation du pouvoir royal, encore affective mais bientôt politique.