La compagnie qui chapeaute Armageddon s'appelle Touchstone Pictures. Il s'agit, comme Miramax et Hollywood Pictures, d'une filiale Disney, d'une couverture sous laquelle les successeurs d'Onc'Walt peuvent s'adresser à un public plus adulte sans pour autant remettre en cause le coffrage de l'empire: le public enfant. Touchstone plus adulte, d'accord, mais pas vraiment plus malin. Car en alimentant le portefeuille du producteur Jerry Bruckheimer, porteur d'eau d'Armageddon, Disney s'attache le ciblage bas de plafond de celui qui fut coupable de Flashdance, Top Gun, The Rock et Con Air. C'est un peu douloureux à dire, mais la «Bruckheimer's Touch» s'adresse, au choix, à: 1. un régiment de militaires entre deux concours de flatulences; 2. des repris de justice en sevrage complet; 3. un troupeau de bovins transfusés à la bière. Sans vouloir vexer personne.

Disney n'a jamais autant investi dans un pur film d'action: plus de 200 millions de dollars, dont 70 uniquement pour l'une des plus onéreuses campagnes publicitaires de l'histoire du cinéma. Autant d'argent pour donner vie à un scénario qui tient sur un mouchoir de soie (car Bruckheimer ne se mouche pas dans du papier même s'il adore en remettre trois couches): un astéroïde menace la planète, vite, envoyons un commando de mécréants le faire exploser. Vite, vite… c'est surtout vite dit. Car Armageddon dure deux heures et demie. 150 minutes absurdes où les situations et les acteurs passent à la moulinette de Michael Bay, ex de la publicité devenu exécutant de Bruckheimer (Bad Boys, The Rock), sans doute pour l'application incomparablement soûlante qu'il emploie à ne jamais laisser un plan durer plus de deux secondes. Le tout sur fond de rock FM. In memoriam particulier pour Steve Buscemi – plus Paul Préboist que jamais – et Peter Stormare, virtuose suédois élevé par Bergman qui s'assied sur son talent pour livrer l'interprétation d'un cosmonaute russe devenu fou suite à son séjour prolongé dans la station Mir. Pour la peine, on lui a alloué une seule réplique mais répétée cinquante fois: «I'm a Russian Hero!»

Et Bruce Willis? En congé de neurones et plus routard que jamais, il incarne parfaitement la bêtise macho. Le coup du rustre en marcel devient un peu automatique chez lui. Mettons ça sur le compte de son divorce avec Demi Moore. Même si une séparation n'excuse pas de faire l'imbécile dans un piège à cons… Armageddon, piège à cons. Tiens! Un slogan efficace pour moins de 70 millions de dollars. Pour pas un rond.

T. J.

Armageddon, film de Michael Bay (USA 1998), avec Bruce Willis, Liv Tyler, Billy Bob Thornton, Steve Buscemi, Peter Stormare, Ben Affleck.