Nés à Lourdes, les frères Larrieu font du cinéma à quatre mains. Jean-Marie, 50 ans, le plus prolixe, se concentre sur le travail des comédiens, et Arnaud Larrieu, 49 ans, le plus réservé, tient la caméra. Ils évoquent leur travail.

Le Temps: D’où vient cette incroyable histoire?

Jean-Marie Larrieu: Au départ, il y avait le personnage de Pattie, totalement inspiré d’une Pattie réelle. A l’époque on caressait l’idée d’une série de films sans scénario, tournés en vingt-et-un jours qui s’appelleraient 21 Nuits avec Pattie. Assez rapidement on a commencé à scénariser.

Arnaud Larrieu: Quand tu n’as pas d’idée de scénario, tu fais soit un mariage, soit un enterrement, pour réunir des gens. On s’est dit qu’on allait faire un enterrement, mais que le corps disparaîtrait pour obliger la fille à rester.

J-M.L.: Et on n’arriverait jamais jusqu’à l’enterrement. A partir de là, on a envisagé toutes les hypothèses, sans qu'elles ne s'excluent. Le sujet du film n’était pas tant qui a volé le corps de la mère que le rapport de Caroline à son propre corps, à son désir.

21 Nuits avec Pattie c’est aussi une histoire de fantôme…

AL : Bizarrement quand le corps disparaît, la mère redevient très vivante. Elle s’anime à travers les récits et entraîne tout le monde dans son sillage. Le fantôme est ensuite une projection de Caroline, puis il acquiert son indépendance. 

J-M.L.: Chaque maison à son fantôme. Donc on assiste à la naissance d’un fantôme. 

Tourné à Lausanne, L’Amour est un crime parfait est un film plutôt anorexique. Tourné dans l’Aude, 21 Nuits avec Pattie renoue avec une gourmandise constitutive de votre cinéma…

J-M.L.: Il y a sans doute beaucoup de retenue, de sophistication dans L’Amour est un crime parfait. Pattie est plus brut. Plus rabelaisien on va dire. Occitan, quoi…

AL: Oui, dans ce pays, il y a une vieille tradition du récit paillard.

Karin Viard tourne pour la troisième fois avec vous et et chaque fois elle est sexuellement active.

J-M.L.: On ne sait jamais qui attire l’autre dans ce piège. Karin, elle adore jouer ça. Elle est à l’aise, elle en fait des tonnes… Elle nous a dit que la première fois qu’elle a lu son texte, elle a quand même rougi. Il est assez salé...

Effectivement, si on pense à cette réplique: «Ma chatte est mouillée comme jamais. Il faudrait tous les vents d’Espagne pour la sécher»...

J-M.L.: Ha ha… Cette expression, Arnaud l’a écrite il y a dix-huit ans, on n’avait jamais réussi à la caser. On avait fait une tentative avec Catherine Frot, mais elle ne veut pas entendre parler de sexualité. En Suisse, ça n’allait pas. Les vent d’Espagne auraient vraiment dû souffler fort. Ha ha ha!

Vous cassez l'image de timidité attachée à Isabelle Carré pour révéler d'elle une face plus trouble…

J-M.L.: C’est d’autant plus audacieux qu’elle est la femme de notre producteur... On aimait c’est le côté femme enfant et femme mûre. C’est vraiment beau à filmer. Elle est la fille naturelle de Sabine Azéma. Et, plus on tournait, plus on voyait la Deneuve de Belle de Jour.

Comment André Dussollier est-il entré dans votre univers?

A.L.: Il est entré une première fois en en sortant, puisque c’est lui qui devait faire le couple avec Sabine Azéma dans Le Voyage aux Pyrénées. On a gardé le contact. Il a débloqué le scénario. Avec lui, le personnage de l’écrivain est peut-être devenu un imposteur, ou un mythomane, voire un nécrophage. Il joue des hypothèses contradictoires avec les yeux, la bouche, la voix, comme s'il jouait de la batterie. C’est dingue.

Vous avez dû demander à Le Clézio l’autorisation d’utiliser son nom?

J-M.L.: Utiliser le nom d’une personne publique, c’est juridiquement possible. Et on ne raconte rien de sa vie privée. Il a quand même été prévenu via sa maison d’édition. On l’a invité aux projections. On espère qu’il viendra

A.L.: On lui a aussi fait une lettre. Ecrire à un prix Nobel, c’est un peu spécial. Attention à l’orthographe, aux virgules, aux accords. On était comme à l’école.

Lire la critique du film: «21 Nuits avec Pattie: une balade qui va du bal au cimetière et retour»