Quand un cinéaste renommé, de surcroît habitué à la compétition, se retrouve à Un Certain Regard, il y a en général une raison. Comme l’an dernier pour le très décevant Restless de Gus Van Sant, on aura eu affaire à un Lou Ye sur le mode mineur avec Mystery. Un film invité à faire l’ouverture de la seconde section de la Sélection officielle, pour fêter malgré tout dignement la fin de l’interdiction de tournage de cinq ans qui avait frappé le cinéaste pour avoir osé évoquer le massacre de la place Tiananmen dans Une jeunesse chinoise (2006).

Passé dans la clandestinité, le talentueux Lou Ye avait bravé l’interdit en réalisant à la mini-caméra DV sa romance gay Nuits d’ivresse printanière, puis en France Love and Bruises, accentuant au passage son penchant pour un style caméra portée, collant au plus près de ses personnages. Il l’a malheureusement conservé tel quel pour ce nouveau film tourné dans la mégapole de Wuhan, située au centre de la Chine. Une histoire de double vie qui vire au double meurtre. Comment le scénario, très critique envers la mentalité chinoise, a passé l’écueil de la censure, restera le principal mystère de ce film. L’auteur y dénonce en effet les arrangements permanents de ses compatriotes avec la morale, la justice et la vérité. Un grand sujet, c’est certain. Quel dommage dès lors que la forme – comme si tout le film était tourné au pas de course – s’avère si décevante! D’abord prenant et très bien joué, le film déroute, épuise et agace plus qu’il n’intrigue.

Manque d’impact

On assiste pour commencer à un étrange accident de la route dans lequel une jeune femme trouve la mort. Puis on découvre la vie d’un bigame, «serial lover» en fait, du point de vue de l’épouse légitime qui découvre le pot aux roses. Finesse du scénario, il sera finalement révélé par un duo de policiers homosexuels qu’elle était à l’origine de l’accident, vite classé pour couvrir des gosses de riches aussi impliqués. Tous pourris? Encore eût-il fallu veiller à ce qu’un constat aussi grave ait un vrai impact sur le spectateur, ici plutôt largué.