Marché de l’art

Art Basel, la foire de tous les arts 

Le salon international d’art moderne et contemporain ouvre au public aujourd’hui. Et annonce dès septembre Grand Basel, sa nouvelle foire consacrée à l’automobile de collection

En 2020, Art Basel aura 50 ans. Un demi-siècle qui aura vu la foire modeste cofondée par les galeristes bâlois Ernst Beyeler, Trudi Bruckner et Balz Hilt en 1970 devenir un mammouth commercial s’activant sur trois continents, un empire à la Charles Quint sur lequel le soleil ne se couche jamais.

A partir d’aujourd’hui, Bâle retrouve donc son rôle de capitale mondiale de l’art moderne et contemporain. Venues de 35 pays, 291 galeries exposent sur les deux étages de la Messe Basel les fruits de ce marché qui résiste bon an mal an au hoquet de l’économie. Mais qu’est-ce que les collectionneurs achètent? A la foire, la réponse est forcément multiple. Ils achètent de tout, de la peinture et de la sculpture, des films de 2 heures et un peu de photographie, des choses classiques et des œuvres bizarres, des jeunes signatures et des artistes plus confirmés, des travaux qui viennent d’Afrique, d’Europe et d’Asie.

Et puis des auteurs revenus d’entre les limbes. Georges Mathieu, c’est l’artiste phare de l’abstraction lyrique, celui qui pratiquait la peinture comme un sport de combat et que l’histoire de l’art n’a jamais vraiment admis parmi les siens. L’une de ses toiles qui magnifient le geste héroïque du peintre est exposée à Unlimited, la section de la foire réservée aux œuvres de grand format. Intitulée Hommage au connétable de Bourbon, elle date de 1959 et a été exécutée pendant une performance, à Vienne, avec la musique électroacoustique de Pierre Henry en toile de fond. Cette immense machine de 6 mètres de long aux couleurs criardes, personne n’aurait imaginé la voir accrochée à Art Basel. Trop kitsch, trop ego trip. Oui mais voilà, depuis quelques années, le marché asiatique s’arrache Georges Mathieu. Et cette frénésie venue de l’Est commence à vouloir souffler par ici.

Show sous Lexotanil

Pour le reste, Unlimited saison 2018 déçoit. On se souvient d’une exposition qui tournait parfois à la surenchère de moyens, mais avait l’avantage de ménager l’effet de surprise. Pour le coup, on est passé de l’hystérie à un show sous Lexotanil où rien n’arrête vraiment le regard. Il y a bien sûr quelques pièces qui méritent le coup d’œil. Comme cette installation de l’Américain Sam Gilliam, 84 ans, premier artiste afro-américain à représenter les Etats-Unis à la Biennale de Venise en 1972, mais dont l’œuvre avait été depuis presque totalement éclipsée. Cette autre grande redécouverte artistique de ces dernières années suspend des draps peints pour en faire des champs de peinture, donnant ainsi l’occasion au spectateur d’entrer dans le tableau.

La sculpture de l’Américain Robert Longo vaut aussi le détour. L’artiste réalise d’ordinaire des dessins hyperréalistes en graphite. Sa galerie new-yorkaise Metro Pictures expose sa Death Star II, une version de l’Etoile de la Mort de Star Wars hérissée de 40 000 balles de fusil en cuivre et bronze. En tentant la stratégie de la séduction menaçante, l’énorme boule dorée veut bien entendu dénoncer les massacres à l’arme automatique qui frappent régulièrement les Etats-Unis.

Rien ne doit trop choquer

Manière de dire qu’à Art Basel on vend de l’art esthétique, rien qui doive trop choquer. En bleu, en jaune, en blanc, les disques-miroirs d’Anish Kapoor s’accrochent partout dans la foire. Chez les Suisses, c’est Ugo Rondinone qui truste les stands avec ses fenêtres aveugles aux couleurs fluos ou argentées. On y vend surtout de la rareté vu qu’il est désormais admis que tout le monde possède un Warhol chez lui. Et lorsque l’artiste est un monument à l’œuvre archidiffusée, on va ressortir ses œuvres d’avant. La galerie italienne Continua expose des Buren d’avant les toiles lignées qui feront sa célébrité, le marchand allemand Karsten Greve des crucifix en céramique de Lucio Fontana d’avant les Concetto Spaziale, ces toiles monochromes que l’artiste italien balafrait au couteau pour voir ce qui se cachait derrière la couleur.

Lire aussi: A Art Basel, combien coûte une œuvre d'art?

Et économiquement parlant? Au premier jour de l’ouverture de la foire, les affaires marchent plutôt bien. Les points rouges criblent la feuille de route du galeriste parisien Emmanuel Perrotin qui vend ses peintures de Bernard Frize comme des Läckerli. La Lausannoise Alice Pauli a trouvé des propriétaires pour les deux grands Soulage et l’arbre en marbre blanc de Giuseppe Penone qu’elle présente sur son stand. Propriétaire de la Galerie Skopia à Genève, Pierre-Henri Jaccaud a de son côté vendu les deux œuvres les plus importantes de son exposition qui compte des pièces de Franz Gertsch, Franz Erhard Walther et Erik Bulatov.

Rodéo routier

Après le départ de Marc Blondeau, les deux marchands sont les derniers Romands à participer à Art Basel avec John Armleder et son mini-stand Ecart. Pierre-Henri Jaccaud tient d’ailleurs à jour ses statistiques. «En 1993, nous étions un peu plus de vingt. En 2013, nous n’étions plus que trois. Et c’est toujours le cas.» Il faut dire que les conditions pour entrer sont drastiques et que la concurrence mondiale est rude. Et qu’une fois adoubé par le saint des saints rien ne vous garantit de rester en selle.

Art Basel, c’est un peu comme le rodéo. Un rodéo désormais routier. Après le design avec Design Miami/Basel, Art Basel roule les mécaniques. A partir de septembre, la foire se lance sur une nouvelle voie. Grand Basel sera consacré à l’automobile de collection, mais vu sous le prisme de l’art. Ses organisateurs, le groupe MCH, ont, pour ce nouveau salon qui se déploiera à Bâle, Miami et Hongkong, de grandes ambitions. Sur le site, le teaser montre l’acteur britannique Idris Elba prendre un plaisir fou à faire rugir des bolides pas possibles sur la piste du Lingotto à Turin.


Art Basel 48, Messeplatz 1, jusqu’au 17 juin.

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