Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Reflets à travers une installation de Doug Aitken («Desire»), en aluminium.
© David_Wagnières

beaux-arts

Art Basel, la foire aux questions

Après la première salve de visiteurs professionnels et de collectionneurs, le grand rendez-vous marchand de l’art moderne et contemporain ouvre au public ce jeudi. Dans la Halle 2, sur la Messeplatz, il faut être prêt à un tourbillon d’émotions

Sur la Messeplatz, Now I Won, la gigantesque fête foraine proposée par Claudia Comte, invite chacun à se considérer comme un gagnant. Même si trois participants seulement recevront une œuvre de l’artiste dimanche soir. Et une fois entré dans Art Basel, qui gagne? C’est une question incontournable. On est dans une foire, un immense centre commercial de l’art, un mall centré autour d’une cour intérieure où l’on mange volontiers tartiflette et saucisse dans son costume de soie ou sa robe griffée. On est dans une foire où 276 galeries triées sur le volet, sans compter la quinzaine d’invités du secteur Edition, ont pour but de vendre.

Lire aussi: Les petits trésors d’Art Unlimited

Le culte de la discrétion

Non seulement de bonnes ventes à Bâle sont un bien en soi, mais en plus les galeries ont toutes leur manière de communiquer sur leurs résultats, qu’elles souhaitent la plus stratégique possible.

Ainsi, Hauser & Wirth a-t-elle annoncé de bonnes ventes, avec en tête un des Achromes de Piero Manzoni (1958-1959, toile plissée et kaolin, 70 x 100 cm), ces monochromes de l’Italien que le Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne avait mis en valeur dans une exposition l’été dernier. L’œuvre est partie chez un collectionneur privé européen pour 10 millions d’euros. Hauser & Wirth a annoncé la semaine dernière qu’elle était désormais la représentante exclusive de la Fondation Piero Manzoni. Bon départ donc.

Dubuffet et ses gardes du corps

Elle a par ailleurs vendu, à des prix beaucoup plus modestes, plusieurs délicats collages de Geta Brâtescu, cette merveilleuse artiste qui fait du pavillon roumain l’un des lieux incontournables de la Biennale de Venise. Mais si nous pouvons vous rapporter tout ceci, c’est que la même société de communication s’occupe de tous ces événements. Beaucoup de galeries préfèrent la discrétion.

En tout cas, sur la plupart des stands, ce mercredi, on ne semblait pas s’ennuyer. Les visiteurs étaient curieux, on leur déballait volontiers les réserves, les papiers bulle volaient. Mais qui repartait avec un contrat? Les œuvres restant le plus souvent au mur, les galeristes ne signalant pas forcément avec des gommettes qui est venu, difficile de le dire…

Lire également: Comment préparer sa visite à Art Basel

Ainsi, même si elle a été vendue, on pourra continuer d’admirer chez Blondeau Les Gardes du corps de Jean Dubuffet, une des œuvres fondatrices de son art, peinte en 1943, tout juste sortie de l’exposition de printemps de la Fondation Beyeler. Au milieu de la guerre, l’artiste trouve sa manière, il distribue les couleurs de l’arc-de-ciel sur ces deux corps nus et souriants.

Chez Gagosian, quelqu’un invitera-t-il chez lui ce couple en cire d’Urs Fischer tout aussi multicolore que le duo de Dubuffet (Bruno & Yoyo, 2015,148 x 159,7 x 137,5 cm)? Les modèles d’Urs Fischer sont le galeriste Bruno Bischofberger et son épouse. L’œuvre est livrée avec les mèches pour la faire fondre.

Et si les gagnants étaient finalement ceux qui de toute façon ne peuvent rien acheter et s’offrent la visite pour le plaisir de voir et non pas de posséder? Ils chemineront ainsi en établissant leur propre inventaire. Peut-être y glisseront-ils les 259 noix de coco dans leurs cercueils de plomb de Julian Charrière (Galerie Tschudi)? Une pièce imaginée pour un mémorial aux îles Marshall, colonisées et utilisées pour des essais nucléaires.

Un voyage en Lada

Ils préféreront peut-être l’installation plus souriante de Francis Alÿs chez Jan Mot. Without an Ending There is no Beginning est une déclinaison de vidéos, de dessins, de photographies… autour d’un voyage farfelu dans une Lada Kopeika de 1977, de la Belgique à Saint-Pétersbourg.

Mais on n’est pas obligé de choisir puisqu’on n’achète pas. Dans notre liste, en tout cas, nous avons mis de nombreuses femmes. Cela va des photographies en noir et blanc d’Annette Messager, Les Tortures volontaires, terrible et infini inventaire de ce que les femmes s’imposent, à un très sobre Agnès Martin de 2002 (Sans titre #4), des lignes grises verticales qui ne lasseront pas (Galerie Pace). A peine plus colorée, une grande pièce (179 cm de haut) de Carol Rama de 2002, chez Fergus McCaffrey. Légèreté et lourdeur se confondent dans La Mucca Pazza (La Vache folle), dessinée à l’encre sur du marbre gravé.

Et peut-être pour partir en rêvant, emprunteront-ils ces deux cannes posées contre un mur chez Peter Freeman, Pour pêcher à deux la lune, imaginée par Robert Filliou. ■

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

Un soir à la rédaction du Temps. La salle de réunion est transformée en labo photo géant éclairé de rouge. Au milieu de la pièce, l'artiste Yann Marussich, rendu photosensible. Sur son corps nu se développent des titres du «Temps». 60 spectateurs assistent à l'expérience qui dure 45 minutes.

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

n/a
© Arnaud Mathier/Le Temps