Selon les codirecteurs de la foire de l’art, le modèle Art Basel se montre adapté, efficace, solide; celui d’Art Basel Miami Beach pourrait être sérieusement revu.

Rituellement, la présentation de chaque nouvelle Art Basel foisonne d’annonces. Alors, quoi de neuf pour cette foire de l’art qui fête son 40e anniversaire? Pas de changement particulier, aucune raison de modifier ce qui a donné satisfaction jusqu’ici, répondent en chœur Annette Schönholzer, 45 ans, et Marc Spiegler, 41 ans. Bien huilée, efficace, la mécanique de la manifestation est en marche, au service des clients, les galeries exposantes d’abord. A la veille de l’ouverture, les deux codirecteurs affichent une grande tranquillité, se tenant cependant sur leurs gardes et contrôlant soigneusement leurs propos, surtout lorsqu’il s’agit du sponsoring de la foire.

Samedi Culturel: La question vient naturellement sur toutes les lèvres: dans l’avenir, qu’en sera-t-il des relations entre Art Basel et UBS, son sponsor principal, compte tenu de l’affaiblissement de la banque, de sa grande disgrâce aux Etats-Unis et de sa décision de mettre fin à ses activités dans le domaine de l’art banking?

Marc Spiegler: Le contrat qui nous lie depuis seize ans à UBS a été renouvelé l’an passé. Il s’agit d’une collaboration satisfaisante et à long terme, à laquelle la banque tient autant que nous. Il faut se rappeler qu’au cœur de notre métier figurent les galeries; aucun retrait de sponsor ne remettra jamais en question notre activité. Tout au plus devrons-nous, le cas échéant, réduire certaines activités périphériques.

Art Basel s’est-elle trouvée fragilisée par la débâcle financière?

La foire de l’art ne fait que refléter la fragilité plus ou moins grande de ses clientes, les galeries. Nous les rencontrons continuellement, nous travaillons avec elles, nous connaissons leurs problèmes. Pour elles, nous constituons, année après année, le centre du monde. Notre succès dépend du leur: pour continuer à leur offrir une plate-forme efficace et pour rendre justice aux œuvres qu’elles présentent, nous avons redoublé d’efforts promotionnels et multiplié les contacts, exploré le Mexique, l’Inde, la Chine, développé encore notre réseau de relations à travers le monde afin d’attirer à Bâle les meilleurs collectionneurs, les meilleurs directeurs de musée et le plus grand nombre d’amateurs de qualité. En période d’incertitude, le mieux que nous puissions faire est de leur assurer confort et sécurité. Nous avons donc ouvert un réseau sur le Net qui permet aux galeries de mettre en ligne, par exemple, les œuvres qu’elles proposent, et à tout un chacun de planifier d’avance et précisément la visite d’Art Basel.

Est-ce à dire que nous nous trouvons à la veille de la foire virtuelle?

En aucun cas. Rien ne peut remplacer le vrai contact avec les œuvres ni les vraies rencontres. Mais ce système, déjà accessible sur notre site, permet désormais de mieux trouver ses repères, de pré-organiser des rendez-vous, d’effectuer une préréservation d’œuvre, d’expédier des informations et de poursuivre des échanges. La bonne formule consiste à favoriser tout à la fois la vitesse de circulation de l’information et la flânerie dans les boulevards de la foire.

Pour cette édition des 40 ans, que devient la dimension culturelle d’Art Basel?

Plutôt que de collectionner les événements artistiques, nous avons choisi de nous concentrer sur un seul mais de taille, un spectacle en tous points exceptionnel, comme il ne s’en était jamais vu lors des foires précédentes. Il Tempo del postino (le temps du facteur), monté en collaboration avec le Théâtre de Bâle et la Fondation Beyeler, est programmé pour trois représentations. Montré une seule fois, en 2007, au Festival international de Manchester, il présente une vingtaine d’artistes de tout premier plan – parmi lesquels Matthew Barney & Jonathan Bepler, Tacita Dean, Olafur Eliasson, Dominique Gonzalez-Foerster, Carsten Höller, Pierre Huyghe, Thomas Demand, Fischli & Weiss –, chacun créant sur scène un acte de longueur variable. Philippe Parreno, Anri Sala, Rirkrit Tiravanija interviennent aussi, tout en dirigeant l’opération avec le commissaire d’expositions Hans Ulrich Obrist. Cet événement, à propos duquel on a parlé d’«opéra d’arts visuels», ouvre à l’expression plasticienne une grande fenêtre, celle du temps.

A la veille de l’ouverture, comment évaluez-vous la fréquentation?

Des groupes continuent de s’annoncer, en provenance du monde entier. Il est vrai que nous nous trouvons dans une année de Biennale de Venise, ce qui redouble l’intérêt du voyage. Les hôteliers constatent que les visiteurs prennent leur temps mais finissent par confirmer leur réservation. En quoi ils se comportent comme les collectionneurs. Exit les spéculateurs, place aux amateurs sérieux, capables de reconnaître le moment favorable où les œuvres sont accessibles au meilleur prix.

Comment vous préparez-vous à résister à d’éventuelles difficultés futures: ralentissement des affaires, défaillances de sponsors?

Annette Schönholzer: Nous nous refusons aux décisions hâtives, dictées par la peur. Or que constatons-nous? Les candidats exposants affluent, les partenariats à long terme se poursuivent et le groupe auquel nous appartenons, Messe Basel, se montre satisfait. Depuis trente ans, le nombre des galeries qui exposent chez nous n’a pas varié et les grands collectionneurs américains continuent de venir. La présence autour de nous de petites foires concurrentes constitue un compliment; ce phénomène prouve que nous avons su attirer un bon public. Pour l’heure, nous ne voyons aucune raison de modifier la belle stabilité de notre modèle. En revanche, celui d’Art Basel Miami Beach pourrait être sérieusement revu. L’expérience des sept années écoulées et le difficile environnement économique actuel invitent à de nombreux changements.