Foire

Art Basel, version urbaine et gratuite

La grande messe de l’art contemporain distille aussi quelques œuvres et événements dans l’espace public, malgré la météo

Le prix d’une entrée journalière à Art Basel est de 50 francs, 29 francs si l’on entre après 17h. Rien à redire si l’on se réfère au nombre et à la qualité des œuvres qui sont exposées ici. Il reste aussi possible de profiter un peu de la foire sans débourser un centime. Celle-ci est en effet aussi présente dans la cité. Et ce premier accès donnera sans doute l’envie à certains de plonger une fois dans les immenses halles de la Messeplatz.

Lire aussi: Dans les dédales et les étages de Liste

Le Parcours est né pour faire le lien entre la foire et la ville. Il est un événement de liaison, les habitants se voyant ainsi entrouvrir l’univers d’Art Basel et les visiteurs de la foire étant ainsi incités à découvrir la Cité rhénane, à s’aventurer dans ses ruelles.

Pour sa septième édition, le Parcours, qui a investi différents quartiers de la ville, dans le Petit-Bâle notamment, prend maintenant ses aises autour de la Münsterplatz et de cette cathédrale rose qui reste emblématique de la ville. Il a été confié cette année à un nouveau commissaire, Samuel Leuenberger, fondateur et curateur de Salts, un espace d’exposition indépendant à Birsfelden (Bâle-Campagne).

Silhouettes sculptées
sur la Münsterplatz

Il est vrai que cette année, la météo n’est pas propice à la balade et que souvent les œuvres semblent se désoler sous les flots. Une part d’entre elles sont visibles à toute heure, simplement posées dans l’espace public, mais on se fiera tout de même aux horaires pour apprécier aussi celles qui se cachent dans des cours fermées ou des institutions.

Un Parcours Night est par ailleurs prévu samedi de 18h à minuit, qui verra s’ajouter aux installations toute une série de performances. Une signalétique est mise en place, des bornes donnent le plan de l’ensemble du parcours, chaque étape est signalée et la Chine en effet bâtit plus de parc d’attractions que n’importe quel pays au monde, bien décidée à développer son industrie touristique œuvre documentée.

C’est ainsi un plaisir de voir les sculptures de Hans Josephsohn peupler la Münsterplatz. Décédé en 2012 à Zurich à 92 ans, l’artiste a travaillé la figure humaine, modelant ses pièces en plâtre avant de les fondre en bronze. Ses formes monolithiques ne représentent personne en particulier même si des femmes proches de l’artiste ont posé pour lui. Au-delà de leur rudesse apparente, elles semblent en fait rassembler la somme de notre humanité depuis le commencement des temps.

Des vagues échouées

A l’opposé, c’est un clin d’œil à notre civilisation automobile que fait l’Américaine Viriginia Overton avec son pick-up démonté et réassemblé sans plus d’utilité aucune. Ce drôle de jeu de plots, œuvre sans titre, de 2012 est posé dans la cour du Département des constructions de la Ville de Bâle. On verra ainsi au fil du parcours des pièces de Sam Durant, Alberto Garutti, Allan McCollum ou Ivan Navarro.

On croisera peut-être aussi les distributeurs de curieuses petites boîtes en cartons. Elles figurent des vagues s’échouant sur une plage. Une plage de détresse et de tristesse. Alfredo Jaar recrée aujourd’hui en faveur des victimes de la crise des migrants The Gift/Le Don, une œuvre qu’il avait imaginée en faveur des victimes du génocide du Rwanda. Cette fois, quand on déploie la boîte, on peut lire que c’est à l’organisme Migrant Offshore Aid Station (MOAS) qu’iront les fonds récoltés grâce à cet appel. MOAS a déjà sauvé quelque 12 000 personnes, en Méditerranée mais aussi dans le golfe du Bengale.

La pluie n’est pas non plus très aimable avec l’installation d’Oscar Tuazon sur la Messeplatz. L’artiste de Los Angeles reprend la structure de la Zoom House développée par l’architecte et ingénieur solaire californien Steve Bear dans les années 1960. Ces coques en bois, ouvertes au sud, protégées sur leur flanc par des sacs qui donnent l’impression d’une situation d’urgence – comme en écho aux mesures exceptionnelles de sécurité à l’entrée de la foire – devraient fonctionner comme des abris pour les pauses et les rendez-vous des visiteurs, ou même pour des événements plus officiels. Mais à vrai dire, on n’y voit peu de monde.

Samedi et dimanche, les éclaircies seront, on l’espère, au rendez-vous pour y découvrir le projet Green Light d’Olafur Eliasson. Si le titre est symbolique, comme un feu vert aux migrants, c’est aussi une action concrète, faite d’ateliers de fabrication de ce modèle de lampes, des modules aux petites lumières émeraude dont les formes sont de fait assez cohérentes avec la construction d’Oscar Tuazon.


Art Basel, jusqu’au 19 juin. 
www.artbasel.com

Publicité