Dans le domaine des arts plastiques, l'année 2004 s'est montrée particulièrement insipide. C'est la plus plate jamais constatée depuis longtemps. Il n'y avait pas de biennale, marquante ou attendue, inscrite au calendrier. Si ce n'est la Manifesta 5, qui se tenait à San Sebastián, au Pays basque. Mais, organisée au cœur de l'été, elle n'a suscité que peu d'écho, mis à part ceux des spécialistes. Il n'y a pas eu non plus d'expositions à retentissement exceptionnel. Certes, il y eut celles sur Rubens, au début de l'année, mais elles s'inséraient dans le coup d'envoi des manifestations organisées par Lille, capitale culturelle européenne en 2004. Quant à l'hommage de la ville de Pérouse au Pérugin, il a brillé de mille feux, mais guère au-delà de l'Italie. Et si éclats et énervements se développèrent à propos de l'installation et du spectacle présentés par Thomas Hirschhorn au Centre culturel suisse de Paris, ils furent surtout épidermiques et helvético-suisses.

Par contre, le peu d'intérêt soulevé par les expositions consacrées à Salvador Dali est plus significatif. L'année 2004 avait pourtant été dûment proclamée et étiquetée année Dali. En célébration du centième anniversaire de la naissance de l'artiste catalan. Coordonnés par la Fondation Gala-Salvador Dali de Figueras, les différents projets du Festival Dali 2004 avaient le défaut de faire dans l'éparpillement, dès tôt dans l'année. Et l'attente du plus gros d'entre eux, l'exposition rétrospective avec près de 200 œuvres importantes (de 130 collections provenant de 15 pays) au Palazzo Grassi à Venise, qui ne s'ouvrait qu'en septembre, a fini par lasser et se faire oublier. Cette présentation est néanmoins encore ouverte jusqu'au 16 janvier (tous les jours 10-19 h, sauf 31 déc. et 1er janv., fermé).

L'année Dali aurait dû respirer l'exubérance. L'artiste était doué d'une imagination et d'une liberté de ton exceptionnelles. Il reste un peintre époustouflant. Et il a su illustrer comme personne les rêves et les fantasmes de tout un chacun. Il se trouve juste qu'il n'est plus là pour commenter ses réalisations par un flot de rodomontades et d'explications narcissiques, cosmiques et loufoques, mais toujours en prise avec les préoccupations de son temps. L'absence du bateleur, cependant, n'est pas le pire manque et n'explique pas tout.

Le pire, c'est que la tournure d'esprit surréaliste n'est plus d'actualité. Le regret ne recouvre pas tant ce que fut historiquement cette tendance, mais la disposition qu'elle représente et qui reste toujours valable. Surtout à un moment où les jugements à l'endroit de l'art de maintenant deviennent de plus en plus moralisateurs. Non pas critiques – précisons-le –, mais moralisateurs. Ce qui doit rendre attentif à ce qui est menacé. Inutile de s'effrayer pour la créativité. Ce n'est pas elle qui est en danger. Même les médiocres créent. C'est l'inventivité qui est visée. Les médiocres ne la supportent pas. Elle les renvoie trop, par effet miroir, à leur conformisme. Et en dénigrant l'inventivité, ils remettent en quelque sorte tous les compteurs à zéro, mais se privent d'un vrai esprit critique. Un brouhaha diffus finit par se répandre. Tel est le danger, devenu de plus en plus patent, cette année, à travers l'exemple des arts.