Marché de l'art

Art Paris Art Fair hors des sentiers battus

Pour sa 20e édition, Art Paris Art Fair est restée fidèle à sa vocation de foire éclectique à même de défricher de nouveaux territoires. Invitée d’honneur, la scène suisse était défendue par des galeries helvétiques et européennes

Créée en 1999, Art Paris est une foire de découverte ou de redécouverte qui «relit, tamise et répare les oublis, de l’art d’après-guerre aux artistes contemporains», comme l’écrit, avec justesse, le critique d’art Laurent Boudier dans l’hebdomadaire Télérama.

On ne retrouve pas sous les lumineuses verrières du Grand Palais, qui abrite le rendez-vous parisien, le climat électrique des grandes foires internationales. L’ambiance y était calme et détendue, le vendredi 6 avril, en cette après après-midi baignée de soleil. L’amateur d’art ne retrouve pas non plus, au sein de cette foire à taille humaine (142 exposants contre 300 à Art Basel), les incontournables Damien Hirst, Jeff Koons, Richard Prince ou Takashi Murakami que s’arrachent les «specullectors».

Pari monographique

A l’entrée d’Art Paris, le regard est happé par un grand tableau, véritable pluie de couleurs orange, rouges, indigo exaltées par la blancheur d’une nappe mousseuse. Non loin de cette nature morte aux mangues de Jacques Truphémus (1922-2017), présentée sur le stand de la galerie Claude Bernard, trône un exquis et lumineux intérieur vert et jaune fait de petites touches minces.

«Vous appartenez à une espèce en voie de disparition. Vous voyez en peintre. Et vous vivez à travers votre peinture. Vous appartenez à la lignée des Morandi et certains de vos paysages me font penser à Giacometti – tout en étant essentiellement Truphémus – c’est-à-dire unique», écrivait Balthus, en 1986, dans une lettre adressée à ce peintre qui s’est toujours tenu à l’écart des courants et des écoles. Accrochées sur le stand de la galerie Claude Bernard, les toiles mutiques de l’artiste lyonnais exaltant la beauté du monde étaient proposées entre 24 000 et 34 000 euros.

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A l’image du galeriste de la rue des Beaux-Arts, une trentaine de marchands ont fait le choix d’offrir aux visiteurs des expositions monographiques. La galerie Loevenbruck a réuni une sélection d’œuvres des années 1960 à 1994 du peintre psychédélique Frédéric Pardo (1944-2005) proposées entre 14 000 et 40 000 euros. Ce dandy bohème parisien, qui fit de la musique avec Jean-Pierre Kalfon et des performances avec Jean-Jacques Lebel, a réalisé une œuvre plastique demeurée confidentielle. L’écrivain Jean-Jacques Schuhl qualifia de «préraphaélite» cette peinture hors du temps utilisant, comme à la Renaissance, tempera et feuille d’or.

Les idées plutôt que le commerce

Organiser un «solo-show» peut cependant se révéler être un exercice financier à haut risque pour un galeriste. «Le rythme est un peu mou», soulignait le galeriste Olivier Lorquin, qui montrait des peintures austères et dépouillées de l’artiste israélien d’origine syrienne Ra’anan Lévy (né en 1954) figurant des appartements vides et des éviers. «Je défends des idées avant de faire du commerce», soutenait, bravache, le galeriste et président de la Fondation Dina Vierny-Musée Maillol, qui ne cachait pas n’avoir encore vendu aucune toile deux jours et demi après l’ouverture du salon.

Fidèles à leur vocation de soutien du marché de l’art français, les organisateurs du salon ont souhaité, à l’occasion de ses 20 ans, rendre hommage à la scène hexagonale à travers 20 expositions monographiques choisies par le critique d’art et commissaire François Piron. Cette sélection éclectique réunissait, pêle-mêle, des œuvres du dessinateur et écrivain prolifique Roland Topor (galerie Vallois), exposées non loin de celles d’un grand nom de la figuration narrative, Bernard Rancillac (150 000 euros pour son triptyque La peinture n’est pas morte chez Françoise Livinec), des monochromes bleus «Atlantique» de Geneviève Asse (de 9000 à 60 000 euros à la galerie Oniris) et des broderies de l’artiste franco-monténégrine Hessie (de 3000 à 20 000 euros chez Arnaud Lefevre).

Architectures utopiques

Invitée d’honneur de cette 20e édition, la scène suisse était défendue par des galeries helvétiques aussi bien qu’européennes. Les marchands de Neuchâtel François Ditesheim et Patrick Maffei exposaient des dessins et une sculpture en mouvement de Jean Tinguely, des petits bronzes de Germaine Richier, quelques délicates feuilles de Louis Soutter et des architectures utopiques de Thomas Huber (80 000 euros).

Pour sa première participation à Art Paris Art Fair, la Grob Gallery (Genève) est venue sur les bords de Seine avec une sélection de peintures de Grégoire Müller (né en 1947) de sa série A Dance of Encounters (de 5000 à 60 000 euros) figurant des artistes cultes qu’il a rencontrés à New York dans les années 1970, dont un très beau portrait de Bacon. «Le «solo-show» est un exercice difficile. Ce d’autant plus que les visiteurs ne connaissent pas Müller», souriait, un peu amer, David Grob, qui déclarait néanmoins avoir pu établir des contacts intéressants.

Hérard de Pins, le responsable de la toute jeune Mobilab Gallery, créée en 2014 à Lausanne, a été plus heureux. Il est parvenu, dès les premiers jours, à vendre quelques photographies de Nicolas Delaroche entre 1000 et 2000 euros.

Peintures instinctives

Plusieurs autres artistes helvétiques avaient trouvé refuge dans des galeries françaises comme Gottfried Honegger, mis en avant par Diane Lahumière qui présentait une de ses sculptures, accompagnée de son dessin préparatoire et de sa maquette. Véronique Smagghe montrait, quant à elle, des affiches lacérées d’Arthur Aeschbacher (de 2000 à 20 000 euros) et la galerie Arnoux des peintures gestuelles de Wanda Davanzo (1920-2017) proposées entre 3200 et 8800 euros.

Des peintures presque aussi instinctives que celles des artistes aborigènes de la galerie Arts d’Australie. «C’est la meilleure foire que j’aie jamais réalisée. J’ai vendu plus de 25 pièces», claironnait, tout sourire, Stéphane Jacob, galeriste et expert en art aborigène depuis 1997, qui exposait notamment des toiles d’Emily Kame Kngwarreye, figure emblématique de la Communauté d’Utopia et première femme artiste aborigène à devenir une véritable star.

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