Depuis de nombreuses années, le Musée des beaux-arts de Thoune s'intéresse aux œuvres de Franz Gertsch. Récemment encore, il a fait l'acquisition d'un des imposants tirages de Natascha IV (1987/88). Cette estampe trône dans le hall d'entrée de l'ancien grand hôtel, où est logée l'institution, occupé maintenant par l'administration régionale. Et l'idée a germé, pour l'occasion, de mettre la vision du Bernois (né en 1930) en rapport avec celles de quelques artistes internationaux. En insistant plus sur les mentalités que sur les travaux.

A cet effet, chacun des sept artistes – Brice Marden (né en 1938), Wolfgang Laib (1950), Hanne Darboven (1941), Alex Katz (1937), Eugène Leroy (1910) et Nam June Paik (1932) – n'est représenté que par une seule œuvre (sauf Marden), mais choisie pour son effet de complémentarité ou de relance par rapport aux autres. Comme le portrait Ada's Night (1998) peint par le New-Yorkais Alex Katz. Traité de manière sobre et à la fois enlevée, il est à l'opposé de ceux de Franz Gertsch, qui relèvent de l'hyperréalisme. Mais le regard décalé que Katz a donné à la jeune femme, la facture approximative de sa bouche restituent parfaitement l'impatience et les angoisses du personnage.

Est-ce à dire qu'en regard de cela les œuvres de Gertsch sont désincarnées et glaçantes? Nullement! Pour preuve: son Triptychon (1991/93) – l'œuvre de référence de cette exposition –, qui représente en gros plan une surface d'eau animée de nombreux frémissements. Cette imposante gravure sur bois (276x597 cm), en trois volets, par sa technique pointilliste rend parfaitement compte d'un univers empli de vibrations mais aussi de quiétude. Œuvre dont l'atmosphère donne son titre à l'exposition: Stille Wasser. Une dimension méditative, soulignée par les bancs en bois sans apprêt et à placet en feutre, qui vous mettent en face et à distance des travaux présentés. Dimension presque zen, que Franz Gertsch a abordée dans d'autres circonstances avec des paysages japonais, et qu'on retrouve dans l'installation de Laib: une petite maison en fer blanc, entourée de grains de riz.

Toutes ces œuvres, aux apparences d'«eaux dormantes», vibrent d'autres sources contenues, répercutent d'autres résonances. Littéralement musicales, dans les notations particulières mais parfaitement jouables de l'Allemande Hanne Darboven – son opus 26 sera interprété par un quatuor à cordes, lors du «finissage», le samedi 28 août à 20h. Luminescentes, quand elles sont filtrées par le dispositif vidéo de Nam June Paik.

L'exposition montre ainsi très bien les ressources insoupçonnées des œuvres discrètes. Elle fait même la preuve qu'on peut tirer, par-delà l'histoire, des parallèles intéressantes entre minimalisme contemporain et canons antiques, comme le fait Brice Marden. Ou démontrer, par l'exemple contraire de la peinture expressive, immédiate et matiériste d'Eugène Leroy, que la tranquillité peut se nicher également dans le plus agité.

Stille Wasser – 7 Räume, 7 Künstler um Franz Gertsch. Kunst Museum Thun (Im Thunerhof, Hofstettenstrasse 14, tél. 033/ 225 84 20). Ma-di 10-17h (me 21h). Jusqu'au 29 août.